Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un tout petit Rembrandt se verra proposé fin janvier par Sotheby's à New York

"Abraham et les anges" devrait atteindre 20 ou 30 millions de dollars. Un record au centimètre carré. Le tableau a un bel historique et sa vente est garantie par Sotheby's.

"Abraham et les anges" de Rembrandt, 1646.

Crédits: Sotheby's

Seize centimètres sur vingt-et-un. C’est un tout petit tableau. A postcard. Eine Postkarte. Una cartolina. Une carte postale, quoi! Mais son affranchissement coûtera cher à l’acheteur. Sotheby’s veut entre 20 et 30 millions de dollars pour «Abraham et les anges» de Rembrandt, qui se verra proposé dans la vente d'art ancien du 28 janvier à New York. Une vacation dont je vous ai déjà évoqué le lot vedette. Il s’agit d’un «Portrait de jeune homme» de Sandro Botticelli, estimé la bagatelle de 80 millions.

L'autoportrait de Rembrandt vendu fin juillet à Londres. Photo Sotheby's.

Le tableautin dont il est aujourd’hui question possède un beau «pedigree». Sotheby’s se charge de donner les anciennes provenances, tandis que les journalistes spécialisés dévoilent les propriétaires récents. Daté 1646, le panneau a été vendu l’année suivante. Il est ensuite passé entre les mains de Ferdinand Bol, un élève du maître. Puis du patricien d’Amsterdam et mécène Jan Six. Vers 1800, il se trouvait en possession de Benjamin West, un peintre américain ayant fait carrière à Londres, où il devint directeur de la Royal Academy. En 1848, l’œuvre a passé en vente. Elle a atteint 64 livres, un petit prix même à l’époque. Sotheby’s passe ici le relais aux chroniqueurs. Ceux-ci précisent que cet «Abraham» de poche a été acquis en 2005 pour une somme inconnue («se situant autour de cinq millions de dollars») par Max Fisch. Ce gros poisson est un des trustees’s du Metropolitan Museum of Art. Le vendeur (ou les vendeurs) seraient Otto Naumann et Alfred Bader. Fisch veut visiblement se faire une plus-value. Il se montre gourmand. Que dis-je glouton! Passer en quinze ans de cinq à vingt ou trente millions tient en effet de la haute voltige.

Musées sur la touche

Qui achètera? J’ai tout de suite pensé au «trader» Thomas Kaplan. Un milliardaire hyper-cultivé (si, si cela existe!) possédant la plus belle collection du monde de peintures rembranesques en mains privées. Un ensemble que j’ai vu exposé au Louvre en 2017, et qui m’a paru très intelligent. Cette possibilité se voit exclue par Jan Six XI, un descendant direct de l’homme qui possédait le tableau à la fin du XVIIe siècle. Découvreur de deux Rembrandt au moins, marchand international reconnu, Six connaît bien son monde, mais… Il y a évidemment toujours des musées possibles, mais on sait qu’ils viennent de vivre leur premier «annus horribilis» en 2020, en attendant le second en 2021. Les gens des GAFA et du commerce en ligne demeurent totalement aculturels. Fisch n’a pourtant pas à se faire de vrai souci. La vente effective lui est assurée par Sotheby’s, qui conserve sa mauvaise habitude de garantir les vendeurs. Il y aura un jour la grosse culbute. Poum!

"Le porte-étendard" des Rothschild. On parle de 165 millions d'euros. Photo DR.

Cela dit, 20 ou 30 millions, est-ce trop cher? Oui et non. Je ne vais pas insulter ici les nouveaux pauvres de 2021, mais en juillet 2020, un petit autoportrait de Rembrandt (très, très joli) a été vendu, par Sotheby's toujours, pour 14,5 millions de livres à Londres. Et les Rothschild veulent à Paris 165 millions d’euros pour «Le porte-étendard» de Rembrandt, exécuté en 1636. Une grande toile (125 sur 105 centimètres) frappée d’interdiction de sortie du territoire par la France en 2019. Une France qui semble depuis se désintéresser de ce chef-d’œuvre. Elle devra bien le laisser partir si cela continue...

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