Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un tableau de Frans Hals a été volé pour la troisisième fois à Leerdam. Celle de trop?

Le tableau a disparu en 1988, puis en 2011. Il se trouve dans un musée resté tel quel depuis 1770. La question se pose de savoir si ce n'est pas terriblement imprudent.

Un policier avec la toile retrouvée en 2011.

Crédits: AFP.

«Jamais deux sans trois», dit inévitablement la presse en racontant cette histoire qui commence à tourner en boucle. Il faut dire que l’adage vient immédiatement à l’esprit. Dans la nuit du 25 août, une toile de Frans Hals (1580-1666) intitulée «Deux jeunes hommes riants avec chope de bière» a disparu pour la troisième fois du Hofje van Aerden Museum de Leerdam, aux Pays-Bas. L’alarme s’est bien faite entendre, mais la police est arrivée trop tard. La toile avait déjà disparu avec le, la ou les voleur(s)-euse(s). Notons que cette fois, il ne manque apparemment qu’une œuvre. Les deux premières fois, le Hals avait en effet disparu en compagnie d’un paysage de Ruisdael. Jacob ou Salomon van Ruisdael? L’histoire ne le précise pas.

Tout a commencé en 1988. Cette année-là, le cambriolage avait abouti à la disparition pendant trois ans du Hals et de son compère. Son oeuvre donnait un bon exemple de sa période joyeuse des années 1620. Les portraits du maître de Haarlem sont ensuite devenus plus tragiques. La peinture a finalement été retrouvée, comme l’autre. Les bandits aussi. Ils ont du reste été condamnés. Cette issue n’a pas empêché en 2011 à leurs descendants spirituels de tenter la même opération. Ils étaient repartis avec le Hals et le Ruisdael. Il n’avait cette fois fallu que trois mois pour retrouver les peintures.

L'héritage de la veuve

Le troisième vol pose bien sûr des questions n’ayant rien d’anecdotiques. Les deux tableaux se trouvent dans une collection historique, placée dans le même bâtiment depuis 1770. Morte en 1764, Maria van Aerden avait légué les tableaux collectionnés par feu son mari à une institution charitable. Le bâtiment est devenu un musée privé. Celui-ci n’a visiblement pas les moyens de conserver des chefs-d’œuvre aussi tentants. Il est de plus fermé depuis mars pour cause de pandémie. On ne compte plus aujourd’hui les malfaiteurs ayant profité d’une telle aubaine.

La question qui se pose maintenant est la même que pour nombre d’églises en France ou en Italie. Peut-on décemment laisser des pièces majeures dans des endroits isolés, mal gardés, peu visités et tutti quanti? Cela dit, vu les inventaires plus serrés et les documentations mieux faites, les cambriolages tendent depuis plusieurs années à diminuer en Europe occidentale.

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