Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un projet urbanistique veut réhabiliter à Rome le "Mur d'Aurélien" du IIIe siècle

Les fortifications formaient au départ un anneau de dix-neuf kilomètres. Il en subsiste d'énormes tronçons pouvant former un parc archéologique "vert".

Un petit morceau de la muraille, rythmée par d'innombrables tours.

Crédits: Site de la Ville de Rome.

Il est toujours permis de rêver. Surtout quand tout dort. J’ai ainsi découvert lors d’une de mes récentes incursions sur le site de «Giornale dell’arte» qu’il existait aujourd’hui un énorme projet urbanistique autour du «Mur d’Aurélien» à Rome. Il s’agirait de réhabiliter le plus gros sans doute des monuments antiques d’Italie. Pensez! Ces fortification, édifiées à la fin du IIIe siècle sous les règnes d’Aurélien, puis de Probus, formaient au départ un rempart de dix-neuf kilomètres, haut de huit mètres et épais de trois mètres cinquante. Un bon début! A Ve siècle, quand les menaces barbares se précisèrent, l’élévation de cet anneau se vit en effet doublée afin d’atteindre les seize mètres. On ne dit pas pour rien «un travail de Romain»…

Une carte qui dit tout. Les Murs Serviens sont ceux de la haute antiquité. Photo Site de la Ville de Rome.

Un peu d’histoire pour commencer. La fin du IIIe siècle marque le début des invasions barbares. Le politiquement correct actuel parle d’un premier métissage (le mot «barbare» devient aujourd’hui interdit), mais les habitants de l’Empire ne le voyaient bien sûr pas du même œil. C’est donc le moment où les villes, traditionnellement ouvertes, ont commencé à se protéger. Les plus petites, comme Genève, se sont alors rabougries, grimpant pour plus de mille ans sur une colline. Rome, qui avait subi un premier choc entre 268 et 270, se devait en revanche de voir grand. La cité comptait environ un million d’habitants. Monarque pour le moins autoritaire, Aurélien, qui régna de 270 à 275 (date à laquelle il fut assassiné), se lança donc dans la construction de fortifications inexpugnables, Bien moins connu, son successeur Probus mena le chantier à bien avant de se faire lui aussi tuer en 282. C’était pratiquement la coutume en ces temps-là.

Un vrai rempart jusqu'en 1870

Rome a bien sûr été plusieurs fois envahie, Odoacre mettant même fin à l’Empire en déposant en 476 le tout jeune Romulus Augustule, qui a lui apparemment fini dans son lit (le sien, pas celui d’Odoacre!). Mais le Mur a tenu. En 1870 encore, il forma brièvement un barrage aux armées royales italiennes s’attaquant aux Etats du Pape. Il en subsiste aujourd’hui encore d’énormes morceaux. Près de dix kilomètres. D’où l’actuel projet de mettre le site en valeur avec une promenade à la fois piétonnière et cyclable. Le parcours permettrait surtout de mettre un peu d’ordre le long du chemin. Nous sommes en effet en dehors du centre historique, là où l’anarchie urbanistique commence. D’où l’ambition de créer de nouvelles places, de restaurer le mur et de garantir une ceinture verte. Une chose qui a bien entendu son prix. Il serait de 95 millions d’euros. Plus une rallonge de 61,5 millions si l’on ajoute les Murs du Vatican, nettement plus récents. Leur édification a été terminée sous Urbain VIII au XVIIe siècle.

Une monnaie d'or d'Aurélien. Photo DR.

D’où vient cette inspiration? De l’ASPESI. Un laboratoire d’idées travaillant officiellement pour la capitale italienne. Une association tout ce qu’il y a de plus sérieuse. Labellisée et reconnue. En principe, tout semble d’ailleurs réalisable. Reste que la facture peut sembler salée, surtout en ce moment. Il n’en demeure pas moins que, vers 2000, la cité a consenti d’énormes dépenses pour réhabiliter le centre, devenu en partie piétonnier. Il y a depuis à Rome tout le temps des travaux, financés avec Dieu sait quel argent. Il va ainsi falloir que je vous parle un de ces jours du Palais de Tibère, sur le Palatin. Il pourra prochainement rouvrir ses portes aux visiteurs après plus d’un demi siècle de fermeture en attendant des subventions…

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