Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un portrait de Mozart se vend plus de quatre millions d'euros à Paris chez Christie's

Le tableau est bien sûr une croûte. Mais il y a le mythe. Et la maison de ventes aux enchères a bien fait les choses en faisant voyager l'icône dans le monde entier.

Le Mozart. Sans le cadre.

Crédits: Christie's, Paris 2019.

On a beau eu encenser le tableau. Il s'agit d'une abominable croûte. Le genre de portrait du XVIIIe siècle valant cent balles aux Puces, quand il trouve encore preneur. Seulement voilà! Cette mocheté représente Wolfgang Amadeus Mozart. Le compositeur avait alors treize ans. L’œuvre donnée à Giambettino Cignaroli devient du coup une icône. «La dernière effigie du génie autrichien réalisée de son vivant encore en mains privées».

Appelé à tirer le maximum de la chose, Christie's a bien entendu fait tout le tam-tam voulu. Durant deux semaines, le tableau avec son cadre d'époque s'est promené dans le monde entier. L'Asie. L'Europe, avec l'obligatoire étape à Vienne. J'ai vu la toile à Paris, il y a quelques jours. A l'endroit où elle allait se vendre le 27 novembre. Elle devait former l'un des «highlights» de l'«Exceptionnal Sale» prévue avenue Matignon. Et tout a très bien marché. Le Mozart s'est vendu 4 031 500 euros avec les frais. La direction s'est frottée les mains. L'un de ses membres a même parlé dans le communiqué de presse anglophone de «beautiful portrait», ce qui me semble pousser le bouchon un peu loin. Mozart a du reste le vent en poupe. Les deux pages manuscrites d'un menuet composé à seize ans, provenant de la bibliothèque du Genevois Jean-François Chaponnière, ont rapporté le 18 novembre à Paris chez Sotheby's 372 500 euros, au lieu des 150 000 à 200 000 prévus. A ce prix-là, les admirateurs du musicien devront presque tous se contenter de croquer des très caloriques «Mozart Kugeln» chocolatées!

Toilette princière

Il y avait bien d'autres choses dans cette vente disparate, mais de prestige. Une veste pailletée d'après des tournesols de Van Gogh pour Yves Saint Laurent a ainsi «fait» 382 000 euros, achetée par un musée australien. Sur le plan historique, les amis de patrimoine avaient aussi remarqué onze pièces de vermeil de la "toilette" de Charlotte Aglaé d'Orléans, créée en 1719. La fille du Régent épousait alors le duc de Modène, ce qui la faisait devenir souveraine en Italie. Les onze pièces avaient été divisées en sept lots. Un geste pouvant sembler criminel. Mais l'argent règne en maître, même pour du vermeil. Et le service de toilette a déjà été très amputé. Il comprenait à l'origine 41 pièces, pesant en tout 37 kilos. Beaucoup d'entre elles restent à retrouver. Toujours est-il que le Louvre a préempté cinq lots. Pourquoi pas les sept?

Deux boîtes de la "toilette" princière. Photo Christie's, Paris 2019.

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