Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un portrait de cheval de 1787 adjugé 350 fois son estimation basse chez Genève Enchères

Signée par le Bourguignon d'Italie Bénigne Gagneraux, l'oeuvre a obtenu 590 000 francs au marteau. Il faut ajouter les taxes de 20 pour-cent et la TVA. Il s'agit d'un beau tableau assez austère.

Le tableau, qui sort d'une maison romande.

Crédits: Genève Enchères

On parle de fièvre de cheval. A Genève Enchères, mardi soir, ce serait plutôt un cheval qui a créé la fièvre. Je vous ai déjà parlé du Bénigne Gagneraux (1756-1795), en vous signalant que sa prisée entre 2000 et 3000 francs me semblait ridicule. Cette toile, peinte à Rome en 1787 devait en obtenir à mon avis dix fois plus. Et bien, je me suis mis le doigt dans l’œil jusqu'à l'épaule, et j'ai le bras long. L’œuvre, qui mesure 62 centimètres sur 75, aura coûté à son acquéreur 350 fois l'estimation basse. Le prix au marteau a été de 590 000 francs. Ajoutez les taxes de 20 pour-cent, plus la TVA sur les dites taxes. On arrive ainsi selon moi à 710 000-715 000 francs. Le tableau n'aurait pas fait plus cher chez Christie's ou Sotheby's New York. Il y eut peut-même même réalisé une somme inférieure. Les amateurs ont toujours tendance à surpayer ce qu'ils croient avoir découvert dans une petite maison.

Les choses se sont passées tranquillement. Il y avait des enchérisseurs au téléphone comme dans la salle. Olivier Fichot, au marteau, enregistrait calmement les offres après avoir signalé que le spécialiste du peintre avait confirmé l'autographie de l’œuvre, provenant d'une demeure dont Genève Enchères disperse aujourd'hui le contenu. Tout se passait entre gens de bonne compagnie dans cette entreprise familiale où l'on sert le café et des biscuits. Aucune excitation. Le tableau se contentait juste de monter, monter, monter. Quelques applaudissements, mais polis comme pour un concert de musique classique, ont salué le résultat. Et le commissaire priseur a enchaîné, comme si de rien n'était. Il lui fallait pourtant revenir sur terre. Le lot 203 qui succédait au Gagneraux, était une vaste toile anonyme des années 1800 représentant un maréchal ferrant. Peut-être anglaise. Mais à coup sûr tout aussi bien peinte. Les mises se sont ici arrêtées à 1800 francs au marteau...

Une carrière italienne

Que dire du Gagneraux, faisant comme par hasard la couverture du catalogue des vacations de décembre à Genève Enchères? Qu'il s'agit d'un beau portrait de cheval, comme le peintre dijonnais, dont toute la carrière s'est réalisée en Italie, en a produit un certain nombre. Peut-être l'a-t-il réalisé à l'intention de clients anglais venus faire leur Grand Tour. J'ajouterai que ce tableau reste assez sale. La chose vaut cependant mieux qu'un nettoyage à l'Ajax comme en font certains réalisateurs anglo-saxons. Je terminerai en disant que ce camaïeu de bruns reste assez austère. Mais l’œuvre s'inscrit ainsi dans un genre. Je vous ai du reste signalé la récente exposition du Musée de la chasse et de la nature à Paris organisée autour de la Collection Mellon. L'Américain adorait ces peintures équestres, comme le Genevois Agasse en réalisait au début du XIXe siècle en Angleterre.

Gagneraux demeure cependant connu pour ses tableaux historiques, mythologiques ou allégoriques. Il s'en voit un certain nombre au Musée de Dijon, dont les salles consacrées au XVIIIe me semblent en bien mauvais état. Le Musée d'art et d'histoire de Genève présente de manière presque permanente l'un de ses chefs-d’œuvre, «Le Génie de la paix arrêtant les chevaux de Mars» (1794). Encore des chevaux... Une grande rétrospective a été consacrée il y a bien longtemps à l'artiste bourguignon. C'était en 1983. Elle avait alors fait étape à Dijon et à Rome.

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