Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un petit Stonehenge a été découvert par des archéologues à Uzès. Je vous raconte

Pour le moment, seul un cinquième du site s'est vu exploré. Il date d'environ 2500 ans av. J.-C. L'INRAP a exhumé une cinquantaine de dalles colossales. La suite se fera attendre.

L'ensemble du site. Temps hivernal.

Crédits: INRAP

Il y a tous les jours des découvertes archéologiques quelque part dans le monde. Plus ou moins spectaculaires. Plus ou moins importantes. Comme la chronique de ce jour (voir une case plus bas dans le déroulé) est consacrée au livre de l'Américain Eric C. Cline, je vais donc vous donner la dernière histoire que j'ai lue. C'était dans «La Croix», puis dans des journaux occitans. Cette exhumation donne par ailleurs bien les enjeux comme les limites de la recherche.

Nous sommes à Uzès, dans le Gard. Une ville éminemment touristique. La cité a beau ne pas être bien grande (8540 habitants en 2015), elle a visiblement besoin d'une liaison inter-quartiers. Pour cela, il a fallu prospecter et creuser. C'est ainsi que les hommes de l'Institut pour la recherche archéologique préventive (INRAP), appelés à l'aide, sont tombés sur un cromlech. Qu'est-ce qu'un cromlech? Il s'agit d'un ensemble de mégalithes dressés les uns près des autres. Pour vous faire une bonne idée de la chose, je vais vous citer Stonehenge, en Grande-Bretagne. Je pense que vous voyez à quoi ce monument préhistorique ressemble.

Fouilles discrètes

Il y a eu une longue et discrète campagne de fouilles. Elle a duré de novembre 2018 au 22 février dernier. Les scientifiques ont exhumé une cinquantaine de dalles. Beaucoup étaient brisées. Dressés, ces mégalithe pouvaient atteindre quatre mètres de haut. C'est dire leur poids. Des tonnes et des tonnes. Les pierres n'étaient pas espacées, comme dans la plupart des cromlechs, mais posées l'une à côté de l'autre. Sans interstices. Comme pour former un mur de protection. L'une d'entre elles est sculptée. L'ensemble des blocs a placé mis en lieu si sûr que même les journalistes arrivés sur place n'ont pas pu les voir. Mais ils existent! C'est promis.

Il s'agit bien sûr là d'une portion seulement d'un monument que les chercheurs dirigés par Philippe Cayn datent d'environ 2500 ans av. J.-C. Le cinquième sans doute. Par extrapolation, l'INRAP arrive à un ensemble de 76 mètres de diamètre comportant entre 200 et 300 dalles. On saura peut-être un jour. Les difficultés commencent en effet ici. Comme l'explique Jean-Luc Chapon, maire d'Uzès depuis près de quarante ans, les fouilles ont déjà coûté à la ville 600 000 euros. Il lui faut maintenant acquérir les autres parcelles auprès de leurs propriétaires, avec lesquels il se dit déjà en contact. Et après? Eh bien, après rien. Uzès n'a pas les moyens de se lancer dans l'opération, l'argent étatique se fait rare et il s'agit au propre comme au figuré d'un gros morceau. Le cromlech attendra donc. Après tout, il ne risque rien. Il est sous terre depuis des millénaires. Les dangers commencent avec les fouilles, et plus tard le vandalisme.


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