Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un palace athénien devra détruire ses deux derniers étages. Trop près du Parthénon!

Un jugement a donné raison aux habitants du quartier qui ont perdu leur vue sur l'Acropole. Les lois permettant de construire aussi haut ont été déclarées abusives.

L'hôtel et le Parthénon.

Crédits: Image publicitaire.

Tout est bien qui finit bien, même si des suites restent à prévoir. Cette issue (provisoirement?) heureuse a cependant eu plus de mal que le cri d’alarme à se faire répercuter par la presse internationale. Les journalistes n’aiment que l’échec et le malheur, c’est bien connu. Il semble ainsi que la conclusion que je vais vous raconter remonte déjà à plusieurs semaines. J’en ai eu connaissance par un site de langue italienne. Mais il n’est jamais trop tard pour raconter…

L’an dernier, les médias se faisaient après «Le Figaro» l’écho d’une affaire en cours à Athènes. Des habitants du quartier chic de Makriyanni, situé près de l’Acropole, se plaignaient de la hauteur abusive de l’hôtel construit par Coco Mat. Cette firme était au départ spécialisée dans la production de matelas. Un accessoire cela dit fort utile dans une usine à dormir. L’entreprise avait érigé un bâtiment de dix étages, avec terrasse panoramique sur le toit. A trente et un mètres du sol, les touristes installés dans ce cinq étoiles avaient une vue imprenable sur le Parthénon.

Sur-tourisme

S’il était imprenable, ce panorama avait tout de même été pris aux habitants de la ville. Volé, en quelque sorte. Oh, en toute légalité dans un pays où la loi change souvent! En 2017, pour permettra à la capitale grecque d’accueillir un maximum de touristes, de nombreuses dérogations avaient été permises. Les hôteliers nationaux avaient du coup pu accueillir 32 millions de visiteurs en 2018. Un record. Il faut se dire que ce chiffre représente trois fois la population indigène. Mais après tout, la Grèce vit de la manne touristique. Même en cet été 2020, bien des gens se sont risqués au voyage, même si ce dernier pouvait se révéler compliqué… et long.

Les riverains de Makriyanni se sont interrogés sur la manière dont le permis de construire s’était vu accordé. Puis ils se sont regroupés afin de porter plainte au Conseil d’État. Celui-ci a fini par trancher dans une affaire dont les prémices semblent en réalité remonter à 2012. C’est cette année là que Coco Mat se serait engagé financièrement. Il y a huit ans, la Grèce, ruinée et pressurisée par l’Europe (même si elle n’a jamais songé à imposer fiscalement l’Église orthodoxe et s'attaquer aux armateurs), se montrait prête à tout pour faire entrer des sous dans les caisses. D’où l’approche des matelassiers.

Maire enchanté

Le Conseil d’État vient donc de donner raison aux plaignants. Les propriétaires de l’hôtel vont la sentir passer. Ils devront détruire les deux derniers étages, plus la terrasse. La nouvelle hauteur maximale sera de 21 mètres. Coco Mat devra donc demander un permis de démolition, ce qui lui en mettra gros sur la patate, puis procéder aux travaux le plus rapidement possible. L’instance a donné son oracle, qui a déjà l’appui du jeune maire Kostas Bakoyannis. Quant aux riverains, ils exultent comme de bien entendu.

Le site que j’ai consulté se montre cependant pessimiste sur la suite. Le dernier acte de cette pièce n’est pas encore joué dans le pays ayant inventé la tragédie. Il y aura des recours. Et d’autres choses moins avouables. Il ne faut pas oublier que si la Grèce conserve chez certains d’entre nous sa cote d’amour, elle garde par ailleurs fort mauvaise réputation. Je n’irai bien sûr tout de même pas jusqu’à recommander aux gagnants du jour de mettre à sac l’hôtel (avec incendie) et de commencer la démolition eux-mêmes à coups de marteaux-piqueurs. Mais ce qui est fait est fait...

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