Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un musée afro-italien dans l'EUR à Rome? Les historiens du colonialisme se déchirent

L'idée a immédiatement soulevé des passions. Certains ont peur d'une glorification coloniale. D'autres trouvent qu'il faut au contraire créer en Italie un lieu de mémoire.

Les objets qui attendent de se voir déballés.

Crédits: Museo delle Civiltà, Rome 2020.

Ouh là là… Il y en a qui n’ont pas peur des ennuis. En plus, ces gens-ci sont allés les chercher. Pensez plutôt! Les Italiens pensent ouvrir à la fin de 2021 un musée de plus à Rome. Une nouvelle institution faite avec les débris d’anciennes, il est vrai. Le sujet abordé avait pourtant tout pour décourager des personnes raisonnables. Un Museo Italo Africano en ce moment ne pouvait déclencher que des passions. Black Lives Matter! L’institution se verra en plus installée dans l’EUR. Vous savez! Cet immense quartier de marbre blanc, construit entre le centre de la capitale et l’aéroport de Fiumicino, qui aurait dû servir de décor à l’Exposition Universelle de 1942. Ce rêve mussolinien ne s’est bien sûr jamais matérialisé. Expo42 n’a jamais eu lieu.

Le bâtiment central de l'EUR. Photo Rome-Roma-Net.

Or donc, il y avait à Rome un Musée colonial, ouvert en 1923 et discrètement fermé en 1971. Hétéroclites, ses collections comprenaient environ 12 000 pièces. Elle ont été transférée en 2010 au Museo Pigorini, logé quelque part dans l’EUR. Le Pigorini a été regroupé en 2016 avec trois autres entités afin de former le Museo delle Civiltà, comme le raconte James Imam dans «The Art Newspaper» du 4 décembre. Celui-ci comprendrait donc dès l’an prochain une section italo-africaine. On ne peut pas dire que l’annonce de sa naissance fasse l’unanimité. L’idée que s’y verraient présentés, outre des trophées saisis en Afrique, des restes romains fait particulièrement tiquer. Ce serait affirmer que le colonialisme italien, manifeste en Somalie ou en Libye dès la fin du XIXe siècle, ne formerait qu'une suite logique et naturelle de l’impérialisme antique.

De la Libye à l'Ethiopie

Les historiens se déchirent. Connue pour ses travaux de "décolonalisme", Alessandra Ferrini pense qu’il faudrait au moins avoir le tact de partir de l’unification italienne en 1861, tout en trouvant le musée indésirable. Lucrezia Cippitelli parle d’une initiative «arrogante» et «paroissiale». D’origine somalienne, l’écrivain Igiaba Scebo trouve en revanche l’idée excellente. Où enseignerait-on ailleurs les crimes colonialistes commis avant la guerre de 1914, puis au moment où Mussolini a voulu par tous les moyens s’emparer de l’Ethiopie, fusse en utilisant des gaz mortels? Il faut bien que ces choses-là soient clairement dites quelque part. L’endroit lui semble idéal.

La réconciliation entre les deux parties n’est pas près d’aboutir. Il s’ajoute depuis le 19 novembre un problème supplémentaire. Filippo Maria Gamboni, qui coiffait sous sa direction l’ensemble du Museo delle Civiltà, est mort de la Covid ce jour-là...

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