Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un livre raconte l'histoire d'Azay-le-Rideau, un château fraîchement restauré

Construit dans les années 1520, l'édifice donne l'impression de ne jamais avoir bougé. Illusion! Il a subi toutes sortes de transformations. La dernière campagne de travaux s'est déroulée entre 2013 et 2017.

Le château du côté de l'eau.

Crédits: DR

Le bâtiment a l'air presque intact. Le château d'Azay-le-Rideau symbolise du coup pour les Français la première Renaissance, celle des années 1520. Il ne faut pas se fier aux apparences, surtout quand elles sont aussi flatteuses. Tout comme son énorme voisin Chambord, Azay a subi de nombreuses modifications depuis que Gilles Berthelot et Philippe Lesbahy (Philippe est ici un prénom féminin) en ont entrepris la construction. Le couple n'en a d'ailleurs guère joui. Disgracié, le monsieur finira sa vie à Metz, en terre lorraine. Sa veuve perdra tout après de multiples procès.

Azay vient de subir d'énormes travaux de restauration et de remeublement, l'intérieur ayant été vidé par des ventes entre 1898 et 1903. C'était l'occasion de publier un livre. Savant, bien entendu, mais tout de même illustré. Les Editions du Patrimoine s'en sont chargé. L'ouvrage réuni les textes de différents contributeurs, comme il est d'usage dans ces cas-là. Il y a un monde entre le temps de François Ier et le XIXe siècle, où les Biencourt, une famille de la haute noblesse française, en avaient fait l'une de leurs nombreuses résidences. Et qui dit résidence pense aménagements et mobiliers. Les Biencourt ont notamment reconstruit une tour dans le style du XVIe, histoire d'harmoniser les lieux. Ils ont aussi voulu un perron, démoli peu après 1945. Leur pavillon chinois des années 1825 a lui disparu dès 1855. L'architecture est le plus éphémère des arts. Si un tableau ou une sculpture traverse les siècles sans trop de dommages, une maison subit des travaux parfois destructeurs à chaque génération.

Une coquille vide

L'actuelle remise en état est due au Centre des Monuments nationaux, qui l'a conduite entre 2013 et 2017. Elle a tenu compte de toutes les versions du château, les précédents travaux ayant eu tendance à minimiser l'apport du XIXe siècle. Azay appartient en effet depuis 1905 à l'Etat. Ce dernier a alors pratiqué un sauvetage. «Le bâtiment menaçait d'être dépecé, notamment par le démantèlement de ses cheminées.» Comme souvent en France, contrairement à l'Angleterre où les «country houses» restent bourrées, il y avait ici le problème de la «coquille vide». Elle a mis l'édifice au «défi du remeublemment». Quel parti adopter? La Renaissance semble aujourd'hui très loin. Il devenait dans ces conditions plus prudent d'adopter un «style Biencourt».

En dépit des illustrations, le livre reste parfois assez aride. Une sorte de biscuit sec qui ne retrouverait nappé de crème chantilly. Il s'adresse donc aux amis du patrimoine, bien sûr, mai aussi aux fervents de l'Histoire. En connaître un bout facilitera grandement la lecture.

Pratique

«Azay-le-Rideau», ouvrage collectif, aux Editions du Patrimoine, 260 pages.



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