Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un livre pour parler "De l'amour chez les écrivains genevois"

La Société des écrivains genevois publie un recueil d'articles allant de Casanova à Alice Rivaz. Il contient aussi une correspondance érotique écrite en 1760 par le frère de Necker.

La couverture de l'ouvrage avec une illustration de 1794 pour "La nouvelle Héloïse".

Crédits: DR

Le 22 septembre 2018, le Société genevoise des écrivains (SGE) consacrait une journée d'étude à l'amour dans la production littéraire cantonale. «C'était à la Fondation Martin-Bodmer, qui nous accueillait», précise Bernard Lescaze, son organisateur avec la présidente Nicole Staremberg. Les grands sentiments ont ainsi succédé au roman historique ou aux récits fantastiques et de science-fiction locaux. «L'idée était de parcourir les XVIIIe, XIXe et XXe siècles, avec une part substantielle de contributions sur les époques récentes.» Restait à délimiter le terrain. Si Madame de Staël, «qui détestait sa ville d'origine», y figure en bonne place, il n'y a rien eu sur Rousseau ni Voltaire. Le premier a paru trop «bateau». Quand au second, «nul n'aurait l'idée saugrenue de le qualifier d'écrivain genevois, même s'il a vécu près de vingt-cinq ans à nos portes, recevant tout ce qui comptait dans la République.»

Chaque auteur a dû trouver son conférencier pour «De l'amour chez les écrivains genevois». Un titre permettant le vécu comme le littéraire. Par ailleurs conservatrice au château de Prangins, Nicole Staremberg s'est attaquée à Casanova, personnage cosmopolite s'il en est. Le séducteur a passé plusieurs fois dans nos murs, où la bonne société n'était pas si austère que cela. Léonard Burnand a comme il se doit entrecroisé Germaine de Staël et Benjamin Constant, dont il reste un spécialiste. Luc Weibel a débrouillé l'écheveau Henri-Frédéric Amiel. Puis c'est le saut dans le XXe siècle avec Guy de Pourtalès et sa «Pêche miraculeuse», relue par Florence Raviola. Alix Parodi s'est chargée de Pierre Girard, «qu'on ne lit plus guère, alors qu'il le mérite.» Daniel de Roulet s'empare de «L'amour et l'Occident» de Denis de Rougemont, qui a connu plusieurs versions. «Je pensais qu'il se montrerait plus irrévérencieux.» Anne Brécart décortique Albert Cohen et son «Belle du Seigneur». Valérie Cossy clôt enfin le débat en compagnie d'Alice Rivaz. Alice est morte nonagénaire en 1998. Pourquoi n'avoir pas poursuivi au-delà? Pour des raisons de temps bien sûr, mai aussi parce que des écrivains actuels se seront exprimés sur leurs prédécesseurs.

Le mari, la femme et le mathématicien

Bernard Lescaze s'est réservé le chapitre le plus original. «L'amour en vrai» raconte l'histoire d'une correspondance genevoise en 1760. Elle tient du fait divers. Rue de la Cité, tapi dans l'ombre, un homme marié attend son rival. Il déchargera sur lui un coup de pistolet chargé de grains de plomb. Monsieur Vernes a découvert les lettres reçues de Louis Necker par son épouse, qui passe pour la plus belle femme de la cité. Un professeur de mathématique à l'Académie. Il n'y aura ni mort, ni même vraiment de blessé, mais le scandale finira par éclater. Avec enquête. D'où la présence en archives des billets. «Ils sont fascinants par leur qualité d'écriture. On se croirait dans «La nouvelle Héloïse», qui paraîtra un peu plus tard. Le choix des mots est longtemps resté actuel. Il est plein de «mon bijou», «mon cœur» ou «mon ange» ou «mon trésor». C'est par ailleurs un témoignage vivant sur la vie en société de l'époque.» Vernes avait-il au fait des raison de se montrer jaloux? Difficile de répondre après deux siècles et demi. «Certaines phrases sont troublantes. Elles dénotent une très grand intimité dont le mari était inconscient, et donc exclus.»

(1) Louis Necker est le frère de Jacques, et donc l'oncle de Germaine de Staël. L'affaire lui a coûté sa place. Il est devenu commerçant à Marseille avant de rependre les affaires d'un Jacques nommé ministre.

Pratique

«De l'amour chez les écrivains genevois», ouvrage collectif, édité par la Société genevoise des écrivains, 164 pages.

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