Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un livre paraît sur Jean-Marie Ellenberger, l'architecte de Cointrin et de Palexpo

Il faut aimer. Sylvie Doriot Galofaro aime. Elle brosse le portrait d'un homme qui a aussi beaucoup construit en béton dans les Valais des années 1960, de Sierre à Crans.

La tour de Super Crans. Une ville à la montagne.

Crédits: Citymobile

Le livre manquait. Il existe peu de choses, en dehors de quelques albums auto-promotionnels, sur les architectes genevois de la seconde moitié du XXe siècle.  Historienne de l’art focalisée sur le Valais, Sylvie Doriot Galofaro vient de sortir sa somme sur Jean-Marie Ellenberger (1913-1988). Un homme qui a beaucoup travaillé sur les hauteurs de Crans, entre Montana et Lens. Un bâtisseur dont le moins qu’on puisse dire est qu’il a divisé en son temps. Je me souviens lointainement des polémiques ayant entouré l’édification à Vermala d’une véritable tour (même si nous sommes très loin de New York ou du Londres actuel!) entre 1963 et 1968. Le canton était entré en ébullition.

Ellenberger vers 1980. Photo Crans.Montana Life.

Ellenberger avait en fait vu le jour à Berne. Mais il s’est formé très jeune à Genève. Son diplôme de technicien du bâtiment, il l’a obtenu ici à 18 ans en 1931. Le débutant a étudié l’architecture aux Beaux-Arts. Rien n’était cloisonné à l’époque. Il a ensuite fait un stage à Paris. En 1934, cet inconnu a remporté en collaboration le premier prix pour l’aménagement de la place des Nations à Genève. On sait que cette dernière ne s’est achevée, avec beaucoup de jets d’eau, il y a quelques années seulement. Puis Ellenberger a ouvert son bureau en 1938. Sa vraie carrière a alors démarré. Elle s’est affirmée avec l’aéroport, mis en chantier alors que la guerre fait rage en 1944. C’était le pari de Genève sur l’avenir. Il s’est élevé à l’époque un premier bâtiment que Sylvie Dorioz Galofaro dit «à la Auguste Perret». L’édifice existe toujours, mais bien loin de son remplaçant élevé dans les années 1960 avec Jean Camoletti. Ellenberger a comme cela beaucoup œuvré en collaboration à Genève comme en Valais.

Boom sur les Alpes

L’auteur passe en revue au fil des chapitres toutes les réalisations de celui qu’elle considère comme un maître. Il y en a beaucoup, dont nombre d’églises dans des villages comme Icogne ou Chermignon. Le canton au treize étoiles connaissait un fantastique développement touristique à un moment où la pratique religieuse restait très importante. Il y a aussi les villas. Ellenberger n’était pas très chalet à la montagne. Trop pittoresque à ses yeux. Abusivement vernaculaire. Finalement vieillot. Mieux valait pour lui une vraie maison. Ou alors un appartement face au soleil dans une tour en béton, celle de Vermala se voyant rejointe en 1968 par celle de Super-Crans, réalisée avec Gilbert Strobino. L’architecte fait de la sorte résolument partie des modernes, avec un petit souvenir des leçons (indirectes)du Corbusier.

La tour de Vermala. Photo Mapionet.

Il faut évidemment aimer le résultat. Les créations d’Ellenberger sont-elles devenues des classiques, à protéger en tant que telles comme l’estime Sylvie Dorioz Galofaro? Ou s’agit-il de verrues abusives et très datées? Deux clans s’affrontent comme toujours, même si l’auteur ne donne pas la parole aux adversaires. Je dirai qu’il faut cependant avoir l’admiration chevillée au corps (et même à l’âme) pour défendre une chose comme le Palexpo genevois, conçu entre 1969 et 1972 par notre homme avec Georges Brera et Jean-Jacques Gerber. En ce qui me concerne, j’accorderais immédiatement le permis de détruire cette monstruosité. Une chose qui risque, ceci dit, bien d’arriver un jour à Sainte-Jeanne-de-Chantal, située avenue d’Aïre. Une réalisation de 1964-1965. «Cette église en spirale, dont le plan centré rappelle les temples antiques, fait aujourd’hui l’objet de critiques, et la Ville de Genève envisage sa démolition.»

Un ouvrage laborieux

Si le livre se révèle utile, il ne m’apparaît pas sans défauts. D’abord, je peine à comprendre son plan, ce qui me semble doublement ennuyeux quand on parle d’architecture. L’écriture demeure ensuite laborieuse. Il y a enfin les images, dont nombre sont signées par l’auteur. Il leur manque la séduction qui appuierait le propos. Comment convaincre avec d’aussi médiocres photographies pour ce qui est de l’état actuel? Je veux bien admettre qu’on fasse ce qu’on peut avec les documents d’époque. Mais autrement… Dans ces conditions, la cause de Jean-Marie Ellenberger reste selon moi loin d’être entendue. Ou alors elle le sera, mais pas dans le sens souhaité.

Pratique

«Jean-Marie Ellenberger (1913-1988), Un architecte moderne» de Sylvie Doriot Galofaro aux Editions Slatkine, 209 pages.

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