Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un livre nous raconte "La dynastie des Francken". Treize peintres en deux siècles, 1520-1717

Le Musée de Flandre de Cassel organise une exposition sur ces méconnus. Elle a permis de publier un ouvrage qui se révèle davantage qu'un simple catalogue.

La couverture du livre, avec Tomyris

Crédits: DR.

Il y a sur la gauche une dame fort bien habillée. Du satin et des perles. Au centre, un homme genou en terre tient une tête coupée. Vous pensiez à Salomé venant chercher le chef de saint Jean-Baptiste? Eh bien non! Il s’agit de Tomyris, reine des Messagètes, faisant tremper la tête de son ennemi Cyrus dans un baquet de sang. Un sujet savant, qui a beaucoup plu du Moyen Age à l’ère baroque. Un temps où l’on aimait les fortes femmes. Il se voit ici développé par Frans II Francken, qui vivait à Anvers entre 1581 et 1642.

Le Musée de Flandres à Cassel, petite ville située dans le département français du Nord, organise en ce moment une exposition sur les Francken. Une dynastie de peintres comme en ont aussi bien connu les Pays-Bas que l’Italie ou le pays d’Avignon. Si l’on ne compte plus les Brueghel ni les Parrocel, les Francken identifiés sont au moins treize. Leur arbre généalogique puise ses racines chez Nicolaes (vers 1520-1595) qui vivait du côté d’Herentals, dans l’actuelle Belgique. Un monsieur dont on ne connaît hélas aucun tableau. Le dernier chronologiquement cité demeure Constantijn, mort en 1717. Entre les deux ont vécu plusieurs générations de peintres et leurs productifs ateliers. Une entreprise familiale, de type PME, dont les activités ont généreusement rempli les archives, comme le précise Nastasja Peeters dans le texte introductif du catalogue.

Les créateurs et les suiveurs

L’ouvrage se présente comme un recueil de textes, suivi par les fiches des tableaux montrés à Cassel. Il manquait en français un résumé grand public sur les Francken, qui sont toujours restés considérés comme des seconds couteaux. L’édition d’art française, à part Arthéna ou Faton, reste conventionnelle. D’où l’impossibilité pour les amateurs de réévaluer certains noms méconnus. Une tâche à laquelle s’attache depuis 2010 Sandrine Vézilier Dussart, qui dirige le Musée de Flandres dont elle a fait une des institutions les plus respectées de Région. «Au delà de considérations purement esthétiques, la peinture flamande se distingue par ses modes d’apprentissage et de collaboration. De là ressortent un foisonnement et une stimulation dont la dynastie Francken constitue un très bel exemple.» Autant dire qu’on va aussi bien interroger ici leur esthétique que leur système économique.

La grande allégorie de Frans II, qui s'est vendue si cher en 2010. Elle a été prêtée par un privé de Boston. Photo DR, Musée de Flandre, Cassel 2021.

Les membres de la tribu ne se révèlent bien sûr pas égaux entre eux. Il y a les créateurs et les suiveurs. L’attention se focalise sur Hiéronymus I et Frans II, puisque ces messieurs se voient numérotés comme des papes ou des rois. Ce sont eux qui ont créé des modèles et lancé des styles. Normal qu’ils fassent dans le livre l’objet de biographies individualisées. Guy-Michel Leproux nous parle de Hiéronymus, qu’un magnifique autoportrait nous rend très présent. Ursula Härting souligne «l’inventivité» de Frans II, dont le chef-d’œuvre a pulvérisé en 2010 le prix attendu au Dorotheum de Vienne. «L’ éternel dilemme de l’homme, Le choix entre le vice et la vertu» s’est vendu à un amateur américain sept millions d’euros. D’où la difficulté financière, finalement résolue, de le faire venir à Cassel qui ne dispose pas des moyens du Louvre.

Un prix très raisonnable

Je n’ai pas vu l’exposition. Aller à Cassel par les transports publics semble presque impossible. Je l’ai fait une fois pour toutes. J'ai donné. Si je vous parle aujourd’hui du livre, c’est parce qu’il s’agit d’une entreprise autonome. Une entreprise que l’exposition, curatée par Cécile Laffont, rend très accessible sur le plan financier. En France, où les diffuseurs ne se remplissent pas les poches comme en Suisse, l’exemplaire largement illustré se vend 32 euros. Et pour ce prix, vous avez en main un livre qui va effectivement faire date.

Pratique

«La dynastie Francken», ouvrage collectif sous la direction de Sandrine Vézilier Dussart, aux Editions In Fine, 216 pages. L’exposition au Musée de Flandre de Cassel, 26, Grand-Place dure jusqu’au 2 janvier 2022. Tél. 00333 59 73 45 59, site www.museedeflandre.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h30 et de 14h à 18h. Horaire continu le samedi et le dimanche.

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