Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un livre et une exposition parisienne pour Georges Clemenceau

Je vous parle du seul ouvrage imprimé. C'est une hagiographie qui parle du politicien, bien sûr. Mais aussi de l'amateur d'art, lié à Claude Monet.

Le portrait par Edouard Manet. Le modèle l'a vendu par la suite. Il a été donné à la France par une Américaine en 1927.

C'est un personnage apparemment consensuel. Georges Clemenceau (1841-1929) reste «le Père la Victoire». Celui qui a permis la fin du conflit en novembre 1918. L'homme, pour qui «la guerre est une chose trop sérieuse pour se voir confiée à des militaires», pèsera lourdement par la suite sur les traités de Versailles. En humiliant l'Allemagne, il a provoqué sans le vouloir (et sans le savoir aussi, hélas) la revanche de 1939. En fractionnant l'Autriche-Hongrie, il aura suscité un déséquilibre européen qui a culminé avec l'implosion yougoslave dans les années 1990.

De tout cela, il n'est bien sûr pas question dans «Clemenceau, le courage de la République», qui fait l'objet d'une exposition au Panthéon et d'un livre d'accompagnement (on reste ici très loin du catalogue) paru aux Editions de Patrimoine. Après les préfaces d'usage, l'ouvrage proprement dit sort de deux plumes trop admiratives pour pouvoir prétendre à la neutralité. Sylvie Brodziak a publié la correspondance du «Tigre», auquel elle a par ailleurs consacré sa thèse de doctorat et plusieurs ouvrages. Jacqueline Sanson est pour sa part la secrétaire générale de la Fondation du Musée Clemenceau. Autant dire que leur texte est momifié par le respect. Notez que comme nous sommes au Panthéon à côté des tombes, il y a finalement là quelque chose de logique.

Un homme d'ordre

Tous les aspects de l'homme se voient pris en considération, en respectant la chronologie. Le Vendéen, fils d'un athée et d'une protestante, arrive à Paris pour faire sa médecine, qu'il exercera longtemps. C'est un opposant au régime de Napoléon III, qu'il reste encore de bon ton de mépriser même si les dernières recherches soulignent ses aspects positifs pour la France entre 1852 et 1870. C'est alors une figure de gauche. La chose changera les décennies suivantes. Clemenceau demeure avant tout un homme d'ordre. Il s'opposera aux anarchistes, aux socialistes et in fine aux communistes. Ses différents mandats en feront le premier policier de France (avec les fameuses «Brigades du Tigre» qui donnèrent lieu à un feuilleton TV populaire dans les années 70) puis un briseur de grèves. Il faut dire qu'à la soit-disant Belle Epoque, les conflit sociaux avaient atteint une violence à côté de laquelle celle des Gilets Jaunes reste du pipi de minet.

L'ouvrage traite aussi de l'écrivain et de l'amateur d'art. On sait l'amitié que l'homme a partagé avec Claude Monet. Paris lui doit ainsi les «Nymphéas», inaugurés après la mort du peintre en 1927. Il y a aussi son portrait par Edouard Manet, qu'il jugeait raté. L'ouvrage ne contient en revanche rien, et il est permis de le regretter, sur le fanatique collectionneur d'art asiatique. L'ensemble avait pourtant fait l'objet d'une intéressante exposition au Musée Guimet en 2014. Un coup de projecteur se voit enfin porté sur les trois musées voués à Clemenceau. Le plus connu reste son appartement parisien, qu'avait occupé auparavant le prince des esthètes et poète Robert de Montesquiou. C'est à voir!

Dans les notes finales, il y en a fatalement une sur le cinéma. C'est l'occasion de rappeler la paraphrase de la vie de Clemenceau par Henri Verneuil dans «Le Président», avec Jean Gabin en 1961. Il contient l'un des plus brillants dialogues de Michel Auudiard. J'ai enfin découvert que Raoul Walsh avait adapté une fiction du «Tigre» en 1920. «The Strongest» fait hélas des innombrables films muets perdus.

Pratique

«Clemenceau, Le courage de la République», de Sylvie Brodzyak et Jacqueline Sanson, aux Editions du Patrimoine, 222 pages. L'exposition au Panthéon, que je n'ai pas vue, dure jusqu'au 10 février, site www.paris-pantheon.fr

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