Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un Fragonard découvert lors d'une succession française s'envole aux enchères

Le marché de l'art aime les belles histoires, comme les enfants. Le "Philosophe" récemment réapparu de l'artiste s'est vendu 7 680 000 euros à Epernay dans la Marne.

Le Fragonard avant la vente.

Crédits: Stéphane de Sakutin, AFP:

C’est le conte de fées, version marché de l’art. Un conte à répétition, dans la mesure où il se produit deux ou trois fois par an en France. Plus qu’en Italie ou en Angleterre, les successions révèlent ici des tableaux inconnus, dus aux plus grands maîtres. Pensez au Caravage (contesté) de Toulouse ou au Cimabue de Compiègne. Des histoires derrières lesquelles on découvre rituellement le nom du Cabinet Eric Turquin, installé rue Saint-Anne à Paris. C’est à lui que des commissaires priseurs de province s’adressent quand ils croient faire une belle découverte. Le public, lui, ne connaîtra que les cas où ces gens-là ne se sont pas trompés…

L’affaire s’est cette fois passé dans une maison de la Marne. Dans un règlement après décès, il y avait notamment un tableau ovale du XVIIIe siècle. «L’ovale est le principe de la grâce», disait alors Diderot qui était aussi critique d’art. Le commissaire-priseur Antoine Petit a d’autant plus senti l’importance de l’œuvre que le mot «Fragonard» figurait au dos. C’était bien là une réalisation du maître, datable entre 1768-1770. «Sa meilleure période», expliquait (comme par hasard) le Cabinet Turquin, qui a effectué les recherches et donné son blanc-seing. L’œuvre n’avait jamais été restaurée. Elle reste sur sa toile et son châssis d’origine.Le cadre n’a pas bougé depuis deux siècles et demi, quand le «Philosophe» imaginé par Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) appartenait à son ami le miniaturiste Pierre Adolphe Hall. On ignore tout en revanche la suite des propriétaires successifs. Ledit «Philosophe» appartenait cependant depuis plusieurs générations à la famille vendeuse.

Sept acheteurs potentiels

La peinture a fini par se voir proposée à Epernay (c’est dans la Marne) le 26 juin par l’Etude Champagne. Il y avait sept acheteurs potentiels au téléphone. La mise à prix se montait à 1 200 000 euros. Les enchères sont philosophiquement montées jusqu’à 7 680 000 euros. Frais compris. Un beau prix pour une création de petite taille: 45 centimètres sur 57. Le gagnant est un privé. L’œuvre «devrait rester en France», ce qui limitera les efforts pour une éventuelle exportation. Fin d’une histoire prouvant deux choses. Un, la peinture ancienne ne se vend pas si mal que cela, même si les acheteurs se veulent très «sélectifs». Deux, la province (si possible profonde) constitue un excellent tremplin. Elle se porte garante des jolies histoires de redécouvertes. Le Cimabue, ou plus récemment un dessin du Bernin, avaient déjà réalisé des prix énormes dans de petites villes.

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