Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un feuilleton TV anglais féministe racontera en 2021 la vie d'Artemisia Gentileschi

L'artiste italienne, morte en 1656, est devenue une icône dans les années 1970 à cause du procès qu'elle a gagné pour viol. Une exposition Artemisia a lieu à Londres.

"Allégorie de la peinture". Un autoportrait conservé à Windsor.

Crédits: Royal Collection.

Est-ce une promotion? Artemisia Gentileschi (1593-1656) va faire l’objet d’une série télévisée. La bonne nouvelle a été annoncée il y a quelques jours par Viacom, une filiale anglaise de CBS. Le tournage commencera, si tout va bien, l’année prochaine. Le scénario ne sera pas tiré de la biographie romancée d’Alexandra Lapierre (1998), mais de l’ouvrage anglophone plus ancien de Mary Garrard (1989). Il faut dire que les événements se bousculent autour de la femme peintre romaine. 1997 n’avait-il pas simultanément vu la sortie d’un film d’Agnès Merlet sur le grand écran et d’un autre sur le petit par Adrienne Clarckson?

C’est dans les années 1970 que le grand public a découvert cette artiste caravagesque. Un collectif féministe italien avait alors adopté son nom, ou plutôt son prénom. C’est alors qu’on s’est mis à parler d’elle à cause d’un événement extra-artistique survenu dans son adolescence. Artemisia a été victime d’un viol. Un procès tonitruant a suivi. Née dans une famille de peintres (Aurelio Lomi était son oncle et Orazio Gentileschi son père), la Romaine avait manifesté des dons précoces. Orazio lui avait donné comme maître Agostino Tassi. Un créateur tout à fait honorable, mais un individu abominable. Il l’avait donc violée à 17 ans. Notez qu’Agostino a aussi tenté d’assassiner son épouse et qu’il a voulu voler les œuvres d’Orazio… Artemisia avait été torturée pour confirmer ses dires, mais elle avait gagné au tribunal.

Souvent exposée

Depuis trente ans, il y a ainsi eu plusieurs expositions Artemisia. Je me souviens d’une, il y a longtemps, à la Casa Buonarotti de Florence, où elle avait travaillé à un plafond. Il y en a eu depuis une autre en 2010-2011 au Palazzo Reale de Milan, puis une dernière (dont je vous ai parlé, très mauvaise) au Musée Maillol de Paris en 2016. En ce moment, la National Gallery de Londres, qui a acheté très cher il y a quelques années sa «Sainte Catherine», s’y colle. Interrompues après un mois, les visites devraient normalement redémarrer le 3 décembre pour se clore le 24 janvier 2021. Il y a là 29 toiles autographes de l’artiste. Le viol se voit toujours mis en avant, même si Artemisia a eu deux filles, dont l’une illégitime, et si cette femme mariée a vécu une passion brûlante avec un aristocrate florentin anonyme. De ce dernier, on a retrouvé il y a quelques années la correspondance enflammée. Gageons que la série réussira à lui donner une identité et un visage.

Il faut en effet s’attendre à du corsé. Comme l’affirme la productrice, il s’agira d’«une série féministe contemporaine à la fois provocante et transgressive.» Voilà qui m’étonnerait! Le sujet me semble au contraire aller en droite ligne dans le consensus actuel. Aucune série TV ne se pencherait sur ses rivales contemporaines Sophonisba Anguissola, Elisabetta Sirani, Fede Galizia ou Lavinia Fontana, à la vie bien plus terne. Quatre femmes de talent, pourtant. Seulement voilà...

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