Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un David Hockney aurait été acquis par Achar al-Assad pour son épouse Asma

Le scandale est parti de Russie, aujourd'hui en froid avec la Syrie. La toile s'est vendue 23,1 millions de livres le 11 février chez Sotheby's à Londres. "Acheteur anonyme".

Le tableau lors de sa présentation chez Sotheby's en février dernier.

Crédits: Sotheby's, DR.

Invérifiable, la nouvelle tourne en boucle dans la presse et sur les réseaux sociaux depuis qu’elle a été lancée il y a quelques jours par le journal russe «Gosnovosti». L’«acheteur anonyme» de «The Splash», vendu par Sotheby’s à Londres le 11 février 2020 (une des dernières vacations «live» de la multinationale avant la pandémie) pour 23,1 millions de livres, vient se faire «outer». Autrement dit dénoncé publiquement, comme jadis les homosexuels honteux. Il s’agirait du dictateur syrien Achar al-Assad. Ce dernier aurait destiné ce grand tableau de David Hockney (180 centimètres sur 180 cadre compris) à son épouse Asma. La dame est à ce qu’il paraît aujourd’hui guérie d’un cancer. Une chose qui s’arrose, et nous sommes dans un pays officiellement sans alcool. Autant dire qu’il fallait trouver autre chose qu’une banale bouteille de champagne!

La tableau carré date de 1966. Autrement dit de la première période californienne de l’artiste britannique. Hockney découvrait alors pêle-mêle le ciel bleu, l’absence des saisons, la peau lisse des «surfers» et les piscines sous les palmiers. Une source d’inspiration pour plusieurs années. Il a ainsi exécuté plusieurs «splash» tentant de capter un moment heureux durant une seconde à peine. Le catalogue raisonné de l’artiste distingue ainsi, parmi d’autres versions, «A Little Splash», aujourd’hui dans une collection privée, de «A Bigger Splash», qui a fini à la Tate Gallery de Londres. Je rappelle que cette dernière toile a par ailleurs servi de titre au film documentaire de Jack Hazan sur Hockney en 1973-1974. Un film que j’avais vu à l’époque au festival de Locarno. Le mot devenait ainsi historique et référentiel.

Plus de 14 milliards

Les Syriens hurlent, bien entendu. Et encore certains ont-ils cru au départ que le prix était en livres nationales, comme le raconte «Libération». Celal eur semblait déjà trop cher pour un pays exsangue. Alors que dire de 14 milliards de livres syriennes? Cela dit leur «First Lady», pour reprendre un titre quelque peu tartignolle venu des Etats-Unis, coûte depuis longtemps cher au peuple. Cette présidente au physique très occidentalisé, avec ses vêtement à l’européenne et ses cheveux courts teints en blond, occupe plusieurs palais. Elle a la commande extérieure facile. Ce serait ainsi une bonne cliente de Christian Louboutin. On sent ici passer le fantôme d’Imelda Marcos, l’épouse fantasque d’un dictateur philippin. Aujourd’hui nonagénaire, la dame était folle de chaussures. De peinture aussi, du reste. Plusieurs ventes ont été organisées après la chute des Marcos. Il y avait là des choses superbes allant de Claude Monet à Paolo Veronese.

Asma al-Assad. Photo postée par l'intéressée sur son compte Facebook.

Le prix du Hockney actuel constitue-t-il pour autant un record? Pas vraiment. Le même artiste a déjà fait bien mieux, comme je vous l’ai raconté. Son «Portrait d’un artiste» de la même époque a ainsi plafonné à 90 millions de dollars à New York en novembre 2018. L’Anglais était alors devenu «l’artiste vivant le plus cher» devant Jeff Koons. Il s’agissait cependant là d’une pièce plus importante que celle ayant apparemment fini à Damas. Il faut tout de même savoir rester modeste.

P.S. Pendant que j’y pense, Hockney a posté sur les réseaux sociaux l’une de ses dernières compositions. Des fleurs inspirées par le printemps. Un antidote sans risques contre la pandémie.

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