Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un cul dessiné par Edgar Degas vers 1885 affole les féministes néerlandaises

Entretenue par la presse nationale, la querelle porte sur un pastel acquis pour le Museum Van Gogh d'Amsterdam. Un achat fait par... une conservatrice.

Le sujet du délit.

Crédits: Museum Van Gogh, Amsterdam 2021.

La presse est souvent néfaste. Ou putassière. Tout le monde sait cela. Depuis des semaines, les journaux néerlandais de parlent plus dans leur pages culturelles que de «l’affaire du derrière». Je m’explique. L’arrière-train en question tient la vedette de l’actuelle exposition du Museum Van Gogh d’Amsterdam, qui a rouvert après six mois de «lockdown». Et son auteur n’est autre qu’Edgar Degas, connu pour sa misogynie.

Tout commencé en novembre 2019. L’institution, qui cherche depuis des décennies à compléter ses collections afin de refléter l’ensemble de la seconde moitié du XIXe siècle (un peu comme Orsay à Paris) voulait un Degas à sujet féminin. Il allait ainsi compléter une sculpture du maître et un autre tableau. Le choix de la conservatrice Fleur Roos Rosa de Carvalho est tombé sur un pastel des années 1880 représentant un nu de dos. L’œuvre passait en vente chez Sotheby’s à New York. Le Museum Van Gogh était prêt à de grosses dépenses. Mais il ne se sentait pas sûr de son fait. L’équipe du musée suivait donc la vente dans un pub. Quand elle a su qu’elle avait gagné à 6,6 millions de dollars, son enthousiasme a été si bruyant que ce petit monde s’est proprement vu mis à la porte de l’établissement.

Pas de pinceau masculin!

Le pastel est arrivé. Documenté par une lettre du modèle, il fait aujourd’hui partie d’une sorte de rétrospective des achats et dons reçus depuis dix ans. Un accrochage supposé durer jusqu’au 12 septembre. C’est ainsi que la polémique féministe a commencé à enfler. Je vous la fait courte. Elle se résume, comme l’a dit un journaliste, au fait «qu’il ne semble plus possible, à notre époque, d’acquérir et de montrer un nu féminin dû à un pinceau masculin.» Une fatwa qui condamnerait Titien, Rubens, Renoir ou Picasso. Plus aussi sans doute, si on reste logique, les nus masculins, assez crus, de Suzanne Valadon.

Cette querelle à l’américaine, qui intervient dans un pays aussi faussement libéral que les Pays-Bas, fait donc rage. Au point que certains visiteurs ont cru que l’œuvre s’était vue retirée des cimaises. Il n’en est rien. Emilie Gordenker, la directrice du Van Gogh Museum, est récemment montée aux créneaux. Si elle a pris la précaution de dire que l’équipe «s’était interrogée sur le fait que le tableau pouvait choquer» (on reste pourtant loin des nus de Lucian Freud!), elle a bien précisé que le Degas n’avait pas quitté les murs depuis sa venue des Etats-Unis. Elle admet qu’il puisse y avoir débat, «même si ce dernier est aussi vieux que le monde». Mais prétendre que l’œuvre ait été censurée pour plaire à des extrémistes «tient de la contre-vérité.» Notons au passage que le Degas aura été acquis, puis défendu par deux femmes de culture. Les principales querelles se situent aujourd’hui entre différentes notions du féminisme. Celui des légitimes revendications s’oppose à celui des «ayatollettes» qui réclameront bientôt un burqa pour échapper au harcèlement.

Politisation artistique

J’ai lu diverses versions de la nouvelle. La plus sensible aux revendication des opposant(e)s a paru en ligne dans la version anglophone de «The Art Newspaper». Un mensuel où il devient de moins en moins question d’art et de plus en plus de politique: revendications raciales, spoliations, attouchements sexuels au sein des musées et j’en passe. Un véritable cours de morale. Vous pouvez résilier votre abonnement. Les versions italiennes ou françaises de la même publication se montrent plus réservées… à moins qu’elles ne remplissent tout simplement leur fonction.

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