Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un colossal tableau du Grand Siècle découvert à Paris derrière une cloison. Pourquoi lui? Et là?

Les travaux amenant à la création d'une boutique Oscar de La Renta rue de Marignan ont mis au jour une toile historique d'Arnould de Vuez mesurant six mètres de large. Le mystère plane.

Le tableau au moment de sa découverte.

Crédits: New York Times

Les nouvelles vont vite dans un monde connecté. Surtout s'il se trouve des gens pour avoir les bonnes réactions. L'article est sorti dans le «New York Times» le 21 janvier, sous la plume d'une chroniqueuse de mode. La fiche de l'artiste sur Wikipedia a été modifiée le lendemain. Et aujourd'hui 24 janvier un compte-rendu paraît dans «Le Figaro», toujours sensible au patrimoine. Je peux donc vous raconter l'histoire, en y ajoutant un ou deux points.

Des travaux étaient en cours au 4, rue de Marignan, une artère qui part des Champs-Elysées parisiens. Il s'agissait de créer une nouvelle boutique Oscar de La Renta, le couturier américain d'origine dominicaine étant décédé en octobre 2014. Mais comme vous le savez bien, un nom rentable ne meurt de nos jours plus jamais. Les travaux avaient été confiés à l'architecte Nathalie Ryan. Ils allaient bon train. Tout à coup est apparu un plafond armorié. Puis un tableau, caché derrière une cloison. Et non des moindres! L’œuvre mesure six mètres de large sur trois de haut. Aucun cadre. Mais une signature et une date. Il s'agit d'une toile d'Arnould de Vuez exécutée en 1674. Elle représente, on l'a appris depuis, «Le marquis de Nointel entrant à Jésusalem». Le peintre a accompagné Charles Marie François de Nointel en 1670, quand ce dernier est devenu ambassadeur auprès de la cour ottomane à Constantinople.

Le dédain dû à la province

Arnould de Vuez (1644-1720) n'est jamais devenu une star de la peinture française. «C'est normal», m'explique sa spécialiste Barbara Brejon de Lavergnée. «Il n'a pas fait carrière à Paris. Louis XIV l'a envoyé à Lille, quelques années après avoir conquis la ville flamande en 1667 (1). Il y a exécuté quantité de choses pour les églises et des couvents. Elles se trouvent aujourd'hui au Musée des beaux.arts, essentiellement dans les réserves. L'histoire de l'art tend à ne retenir que ceux ayant travaillé dans la seule capitale, même si les grandes cités provinciales conservaient alors encore un rôle considérable dans la création française.» Arnould, qui avait aussi été à Venise, a ainsi amené une nouvelle manière italienne dans les Flandres alors dominées par l'héritage de Rubens.

Si l’histoire de l'art et l'histoire tout court se retrouvent enrichies, il n'en reste pas moins des mystères. Comment cette toile gigantesque est-elle arrivée là et quand? La rue de Marignan n'a en effet été percée qu'en 1858. Quant à l'immeuble où la boutique Oscar de La Renta va prendre un peu retard, il date de 1910... Cela dit, on a bien retrouvé aux murs de la suite de Coco Chanel au Ritz, un admirable Charles Le Brun, exécuté à la même époque. Personne ne s'était jamais donné la peine de le regarder vraiment. La peinture a finalement été acquise fort cher par le Metropolitan Museum of Art de New York.

(1) Son gouverneur fut en 1672 un certain d'Artagnan.

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