Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un clou chasse l'autre. Cet été, Arles Contemporain remplace les "Rencontres"

L'abandon des Rencontres début mai a suscité un sursaut dans la ville. Soixante lieux se mobilisent pour présenter des expositions avant tout vouées au 8e Art.

L'ancien et le nouveau. Saint-Trophime et la tour de Frank Gehry.

Crédits: Hervé Hôte, Fondation LUMA, Arles 2020.

Le 11 mai, le sRencontres d’Arles jetaient une éponge baignée de sueur. L’équipe chapeautée par Sam Stourdzé, dont ce devait être le dernier festival avant de partir coiffer la Villa Médicis de Rome, s’était tâtée et retâtée pendant des semaines. Pouvait-elle maintenir l’édition 2020 dans les circonstances actuelles? La réponse finale était donc «non», ce qui se discute. Il suffisait de renoncer à la semaine professionnelle d’ouverture, tenant de la foire aux vanités. Le reste du temps, les visiteurs ne se bousculent pas dans les quelques 50 expositions de photo. Ils se promènent là en nombre raisonnable du début juillet à la fin septembre.

La nature, dit-on, a horreur du vide. Le 23 juin, Arles Contemporain, une association fondée en 2013, annonçait donc qu’elle avait repris le flambeau avec une programmation pour le moins abondante. Pas moins de soixante lieux proposeront des expositions du 26 juin au 6 septembre. Avant tout de la photo, bien sûr, mais pas uniquement. Il faudra compter sur les arts plastiques avec des installations, des performances et tutti quanti. Plus un chouia de spectacles vivants, pour faire bien dans le tableau. Ceux-ci n’occupent cependant que treize des quatre-vingts une (oui, nonante-et-une, c'est monstrueux!) pages du dossier de presse. La part congrue. Autant dire qu’il y aura sans nul doute autrement beaucoup trop. Si l’on peut parler de bulle culturelle comme il existe une bulle économique ou immobilière, nous sommes en plein dedans.

Des lieux bien connus

Tous les lieux habituellement occupés par les Rencontres se sont vus sollicités. Il se passera des choses à la Fondation comme à l’Espace Van Gogh. L’Evêché sera aussi bien rempli par Arles Contemporain que le Musée Réattu. Les fondations Manuel Rivera-Ortiz ou LUMA vont phosphorer à mort. Je ne résiste pas, pour son exquise modestie, à vous citer la déclaration du Suisse Hans Ulrich Obrist, en charge de commissariat dans cette dernière, que finance Maja Hoffmann. «S’il fut un temps ayant besoin d’idées, de visions, et de perspectives radicales sur la société de la part d’artistes, c’est maintenant et IT’S URGENT». Mais oui mon chéri. On compte sur toi.

Ont bien sûr aussi répondu à l’appel les galeries ayant gravité les autres années autour des Rencontres comme «off». Arles en compte un nombre considérable pour une petite ville pauvre. Isabelle Aubin, la directrice d’Arles Contemporain, a bien du monde sous son aile. Je lui souhaite cependant de réussir. En cas d’échec artistique ou sanitaire, la cité repartira en 2021 avec un double handicap. Plus le fait qu'elle devra le faire avec un nouveau directeur à désigner. Et l’année prochaine risque de connaître un véritable massacre en fait de manifestations estivales. Reste encore à savoir si ce serait un crime comme l’intelligence, comme le veut le milieu culturel, ou tout simplement un juste retour aux visions plus modérées des années 1970 et 1980.

Pour le programmewww.arles-contemporain.com

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."