Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un amphithéâtre romain immense se cachait sous une colline artificielle turque

Le monument de Mastaura, en Anatolie, pouvait accueillir 20 000 spectateurs, venus en partie des cités environnantes. Le dégagement s'annonce long.

Les travaux dans leur état actuel.

Crédits: DR.

C’est une bonne année pour les amphithéâtres romains. Tandis que le Colisée subit de gros travaux destinés à lui rendre un plancher mobile afin de préserver ses substructures, je vous avais déjà parlé d’une étonnante découverte annoncée fin mars. A Volterra, en Toscane, l’un de ces monuments avait été identifié en bon état sous les champs créés en comblant une petite combe. L’édifice avait été tout simplement enterré au haut Moyen Age. Il se voit aujourd’hui déblayé.

Le même genre de phénomène est en train de se produire à Mastaura, en Turquie. L’ancienne ville de Carie possédait une colline, avec une étrange dépression au milieu. Elle avait la forme d’un énorme bouton de manteau. Il s’agissait là d’une éminence artificielle. La nature avait peu à peu recouvert de terres, puis d’arbres, un amphithéâtre de très grande taille. Les archéologues sont en train de le dégager avec d'infinies précautions. Si les parties internes semblent en excellente condition, il n’en va pas de même pour l’anneau de pierres externe, qui a pour sa part disparu. L’édifice est le seul édifice de ce type aujourd’hui conservé en Anatolie. Ici comme ailleurs (je pense notamment à Béziers, en France, ou à Lucques en Italie), les amphithéâtres se sont souvent mués en carrières pour construire des maisons après la fin de l’Antiquité. Matériau abondant et gratuit.

Une arène de cent mètres de diamètre

L’amphithéâtre de Mastaura date du IIe siècle de notre ère, alors que la cité avait pris son extension maximale. L’empire romain vivait alors sous la dynastie des Sévères (comme Septime-Sévère), d’origine libyenne. Les constructeurs avaient vu grand. Le monument, haut de vingt-cinq à trente mètre et doté d’une arène de cent mètres de diamètre, pouvait accueillir dans les 20 000 spectateurs. Une foule immense, si l’on pense que la population mondiale d’alors tournait autour de 150 millions d'humains. L’amphithéâtre n’était du coup pas destiné aux seuls citadins de Mastaura. Il attirait plusieurs fois par an les habitants des villes voisines, comme Ephèse, Aphrodisias ou Milet. Ces derniers acceptaient de longs trajets pour voir des combats de gladiateurs ou des chasses aux animaux exotiques.

Pour le moment, les travaux en restent à leurs débuts, même si une bonne partie des galeries soutenant les gradins sont visibles sur les photos. Les fouilleurs œuvrent au géo-laser. Ils créent des maquettes 3D. On modernise beaucoup en archéologie, au détriment de la poésie. Bref, on n’est pas près de voir le résultat final. Comme à Volterra du reste. Progrès technologique ou pas, il s’agit toujours là d’une science lente.

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