Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Time Off". Le Musée historique de Lausanne se penche sur l'usage des loisirs

L'exposition brasse un thème immense. Elle dispose pour cela de peu de mètres carrés. D'où une impression de survol. Chaque section aurait pu se voir développée.

Affiche pour la crème solaire Tao en 1953. Le graphisme est de Rolf Gfeller.

Crédits: DR.

Qui trop embrasse, mal étreint. Le Musée historique de Lausanne a visé très large avec son exposition consacrée à «l’usage des loisirs». Une manifestation qui se nomme comme de juste «Time off», puisque tout se dit apparemment mieux aujourd’hui en anglais. Il me semble pourtant qu’un agenda culturel romand se prénomme précisément «Temps libre»…

C’est en effet bien de cela qu’il s’agit dans l’espace temporaire de l’institution lausannoise, rouverte rénovée en 2018. Et ce au sens le plus vaste. La présentation englobe en effet "le divertissement, la disponibilité, le délassement et le ressourcement". Elle remplit ainsi la définition formulée il y a plus de deux siècle dans «L’Encyclopédie», alors pilotée par d’Alembert et Diderot. Les deux philosophes, qui ne travaillaient guère de leurs mains, parlaient de «temps vide nos devoirs nous laissent.» Celui-ci a considérablement varié avec les époques. Dans l’industrie textile suisse, vers 1825, la journée était de 15 heures. A Glaris, elle a passé à 13 heures en 1848 (année de toutes les révolutions), puis à 12 heures en 1864 et à 11 en 1877. On sait qu’aujourd’hui en France, où le travail se voit toujours présenté comme une calamité, la semaine a été limitée par la «loi Aubry» à 35 heures par semaine. Non sans hypocrisie, d’ailleurs! Chacun constate qu’il subsiste des domaines où les moments de présence souhaitée restent bien plus longs. Ils s’accomplissent «pour se faire bien voir», même si nous ne sommes tout de même pas au Japon.

Un quadrillage

Cette arithmétique fixe le cadre le l’exposition conçue par Laurent Golay dans le musée dont il est depuis dix-sept ans (nous sommes après tout en 2020!) le directeur. «Cadre» me semble du reste bien le mot qui s’impose. La salle principale, qui n’est pas immense, s’est vue quadrillée de petites guérites, séparées par des allées. Chacune d’elles aborde en quelques mots et peu d’objets un thème particulier. L’une contient des pendules et des règlements. Une autre des affiches pour les vols de la défunte Swissair ou les Voyages Lavanchy, qui sont longtemps resté une institution vaudoise. Une troisième tourne autour d’un poste de télévision d’un autre âge. Vivre devant la «télé» constitue pour beaucoup une forme de passe-temps. Parmi les œuvres présentées ailleurs se trouvent aussi bien un bikini de 1950 qu’une vidéo très artiste (elle a naguère exposé au MCB-a) de l’Israélienne Yael Bartana. Ou encore une affiche de la Dolce Vita, qui fut dans les années 1980 le temple des nuits lausannoises. Tout un livre s'est du reste vu consacré à ce lieu, fin 2014. Je vous en avais d’ailleurs parlé à l'époque.

Affiche pour les Voyages Lavanchy de R. Marsens, 1947. Photo DR.

Mis ensemble, ces éléments pour le moins hétéroclites essaient de faire sens. Des panneaux explicatifs entendent lier la gerbe en suggérant des rubriques. «D’un temps l’autre». «Le loisir avant les loisirs», avec notamment un vase grec ou un costume d’Arlequin provenant du château de Hauteville. «Nouveaux horizons». «Le corps des loisirs». «Les lumières de la ville» (comme chez Chaplin!). Ou «Société du spectacle» (bonjour au Guy Debord de 1967!). Un programme véritablement énorme. Chaque section aurait à mon avis pu faire l’objet d’une exposition plus fouillée et plus détaillée.

Un survol

L’impression générale demeure du coup celle d’un survol. Il est vrai que les loisirs se confondent pour certains de nos jours avec un saut de puce à Lisbonne ou à Amsterdam avec Easyjet. Le tout souffre surtout d'un espace étriqué. Quelques centaines de mètres carrés à peine. Il me semble que le Musée historique de Lausanne avait eu la main plus heureuse avec son exposition sur la mode, ou plutôt le vêtement, qu'elle avait intitulée «Silhouette» au printemps 2019.

Pratique

«Time Off, L’usage des loisirs», Musée historique de Lausanne, 4, place de la Cathédrale, Lausanne, jusqu’au 13 avril. Tél. 021 315 41 01, site www.lausanne.ch/mhl Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

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