Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Tea time! L'Ariana genevois a sorti pour un an les théières de ses réserves

Semi permanente, l'exposition occupe les vitrines de la galerie du premier étage. L'occasion de raconter une histoire de boisson débouchant sur un modèle céramique.

Une pièce chinoise de petites dimensions. Nous sommes loin du gros pot des Anglais!

Crédits: Nicolas Lieber, Musée de l'Ariana, Genève 2019.

Il est toujours bon de faire une citation. Elle prouve à la fois l'étendue de votre culture et celle de votre mémoire. Dans le pavé consacré à l'exposition de l'Ariana sur Gustave Revilliod, la conservatrice Anne-Claire Schumacher écrivait ainsi dans sa conclusion: «Malgré quelques interpellations de politiciens, doutant de la pertinence d'un «musée de la tasse à thé» au sein du quartier des organisations internationales, alors que l'espace conviendrait parfaitement pour mettre sur pieds de prestigieuses réceptions pour les chefs d'Etat en visite dans la cité de Calvin, l'Ariana bénéficie d'une solide réputation sur le plan national et international, tant pour la qualité de ses collections que par l'impressionnant écrin qui les met en valeur.» Une opinion que je partage, en allant bien plus loin qu'elle. Il m'arrive parfois de me demander ce que certaines organisations internationales viennent foutre ici. Près de Gustave Revilliod. On a comme cela parfois des pensées hérétiques...

Est-ce pour donner du corps à son propos? L'Ariana présente aujourd'hui des «Théières en goguette». Il s'agit là d'une présentation assez longue. Nous sommes quelque part entre l'exposition et le semi-permanent. Depuis plusieurs années, l'institution genevoise a décidé de ne plus laisser sempiternellement la verrerie Art Nouveau dans les vitrines en forme de capsules faisant le tour de la galerie surplombant le grand hall, au premier étage. Une présentation de pièces issues du fonds prend sa place pour environ un an. Il y a ainsi eu de la céramique genevoise du XXe siècle, du verre Art Déco de Saint-Prex, des «assiettes parlantes» et une carte blanche au photographe Nicolas Lieber. Cette fois, c'est Hélène de Ryckel, responsable de la médiation culturelle, qui a eu droit à une initiative. S'agit-il d'une grande buveuse de thé? Je l'ignore. Toujours est-il qu'elle a cherché dans les réserves quantité de théières. Un objet mondialisé depuis le XVIIIe siècle.

Au départ, la Chine

La théière n'a pas existé de toute éternité. Telle que nous la connaissons, elle a fait son apparition en Chine, ce qui peut sembler logique. C'était au début du XVIe siècle, sous la dynastie de Ming. L'actuel panorama refait l'historique de cet objet en forme de boule. Au départ, il conservait une petite taille. On rallongea d'ailleurs longtemps le précieux breuvage avec de l'eau chaude. Car le thé a vite conquis le monde. Oh, pas complètement! De nos jours encore, il subsiste les pays où il reste majoritaire et ceux où il n'existe que via le tourisme. L'Angleterre demeure ainsi le pays à thé, même si le café y a fit une fulgurante progression depuis trente ans, tandis que l'Italie ne s'y est jamais vraiment mise. Autrement, que serait la littérature russe sans samovars? La Turquie sans «çay»? L'Inde sans «chai»? On ose aussi espérer que les Etats-Unis gardent une certaine affection pour cette boisson. N'oublions pas la guerre d'Indépendance a commencé en 1773 à Boston à cause d'une taxation sur le thé, et que les Républicains les moins modérés tiennent régulièrement leurs «Tea Parties»! Des parties à mon avis plutôt alcoolisées.

La paire de théières en forme de cerfs. Photo Tribune de Genève.

Les vitrines sont petites, et finalement étroites. Tout ne saurait y entrer, surtout en privilégiant une certaine harmonie. Hélène de Ryckel y a cependant trouvé de la place pour des productions très diverses. Il y a les locales et les exotiques. Les anciennes et les contemporaines. Les fonctionnelles et celles qui le sont moins. Comme toujours, avec un objet aussi typé, il s'est trouvé des artistes et des manufactures pour sortir au propre du moule. Des Chinois ont ainsi imaginé il y a longtemps une paire de théières en forme de cerf. Une des innombrables manufactures allemandes de porcelaine du XVIIIe siècle a osé un objet fou qui a l'air en bois et qui se voit surmonté de petits animaux. Wedgwood a tenté un peu plus tard dans le Staffordshire britannique de produire une théière à l'antique. Une opération périlleuse. Sauf dans un album des aventures d'«Astérix», les Anciens n'ont en effet jamais bu de thé!

La théière à l'antique de Wedgwood. Photo Nicolas Lieber, Musée de l'Ariana, Genève 2019.

Agréable, l'exposition se devait de trouver un prolongement dans des animations. Il y a bien sûr les visites guidées. Elles iront de l'art de préparer le thé en Chine à une cérémonie du thé tout ce qu'il y a de plus japonaise. Il y aura même du 22 février au 1er mars 2020 un salon de thé. «Aux mille Pins» d'Emiko Okamoto va se déplacer, ce qui peut sembler logique. Beaucoup de ces manifestations ponctuelles requerront une réservation, avec un nombre de places limité. Je vous renvoie au site de l'Ariana.

Pratique

«Théières en goguette», Ariana , 10, avenue de la Paix, Genève, jusqu'au 13 septembre 2020. Tél. 022 418 54 50, site www.ariana-geneve.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

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