Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Surprise! Le public plébiscite les musées et exigeants et sans concession aux modes

"Beaux-Arts Magazine", qui sort ce mois de mars une enquête sur les musées de 2030, a consulté ses lecteurs. Ils s'opposent aux actuelles idées reçues.

Que mettre en 2030 dans les musées. Qui y aller et pourquoi?

Crédits: Museum.ch

«Un seul être vous manque et tout est dépeuplé», disait Lamartine. Il en va apparemment aussi des choses. «Beaux-Arts Magazine» peut ainsi livrer dans son édition de mars une grosse enquête sur les musées, qui sont fermés en France depuis près de cinq mois. Six journalistes, dont le rédacteur en chef Fabrice Brousteau, ont ainsi interrogé les hommes et les femmes à la tête des plus grandes institutions internationales. Tout le monde a répondu, du Président de la Réunion des Musées nationaux-Grand Palais Chris Dercon à Adrian Cheng. Un homme qui a développé une fondation privée située dans un immense «mall» de Hongkong. A la tête du MAH genevois, Marc-Olivier Wahler, s’est également vu consulté.

Tout cela donne pour «l’horizon 2030» beaucoup de projets décoiffants et de vœux pieux. Orsay, par la bouche de Laurence des Cars, aimerait devenir plus écologique. Nouveau président du Quai Branly, Emmanuel Kasarhérou entend tempérer les restitutions par un «regard à deux voix». Max Hollein veut que le «Met» de New York mette «tous ses efforts pour devenir une institution antiraciste.» Le chercheur américain András Szántó pense que les expériences «les plus stimulantes se font aujourd’hui en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud.» Beaucoup de directeurs voient aujourd’hui le musée comme un lieu «d’empathie et de réparation». La critique d’art britannique Claire Bishop considère ainsi qu’un nouveau type, né de la crise, «nous aiderait à penser notre futur collectivement.» Nathalie Bondil, vice-présidente du Conseil des arts du Canada, parle parallèlement de «muséothérapie». Celle-ci doit adopter «une approche holistique sur la création en développant des partenariats innovants en santé.»

Un bien essentiel

Et le public, lui? Celui qui ne se voit jamais écouté au milieu de ce déluge de grands mots parfois un peu creux. Que pensent-ils, les visiteurs? «Beaux-Arts Magazine» a sondé ses lecteurs. Le mensuel a obtenu 1800 réponses. Le panel se se voit pas précisé. Il semble cependant permis de penser que les internautes sont à l’image de la revue. Un peu plus jeunes, moins riches, davantage tournés vers la création contemporaine et plus à gauche que ceux de «Connaissance des Arts». Eh bien, leurs réponses ont étonné la rédaction! Sauf quelques unes. A la question 1, ils ont jugé à 95,5 pourcent que les musées sont des lieux essentiels devant rouvrir le plus vite possible. A celle portant le numéro 2, ils comptent à 88,5 pourcent rattraper le temps perdu et visiter plus d’exposition dès que ce sera possible.

La suite se révèle plus inattendue. Parfois incohérente. Si le 60 pour-cent des sondés trouvent les expositions trop chères, ils sont également 60 pourcent à accepter de payer davantage pour les voir dans de meilleures conditions… Plus intéressant, 27 pourcent seulement des lecteurs de «Beaux-Arts» trouvent les lieux actuels trop élitistes. Pour le 60,5 pourcent les musées n’ont pas à s’impliquer davantage dans les questions de société comme le racisme, le féminisme, l'environnement ou les «gender studies». Si la restitution se voit plébiscitée à 70 pourcent, l’avenir des musées n’est festif que selon 40 pourcent des lecteurs. Une majorité de 60 pourcent préférerait à l’avenir des institutions «plus sérieuses et plus exigeantes». La fin du questionnaire portait sur le virtuel. Le 73 pourcent des lecteurs a consulté davantage de sites artistiques en ligne depuis mars dernier. Leurs expériences en la matière les ont satisfait à 66,5 pourcent.

On continue...

Bref, on comprend que Jean-Luc Martinez, qui brigue un troisième mandat au Louvre, ou ou Laurent Le Bon, président du Musée Picasso de Paris, veuillent finalement changer peu de choses. Le premier entend faire revenir chez lui «l’élite chinoise et indienne». Air connu. Le second va continuer à véhiculer à travers le monde les toiles du maître espagnol. Ils faut bien que les affaires reprennent et continuent...

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