Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

SUISSE/Les expositions de l'été. Les dix que je préfère aux autres

Crédits: Laurent de Pury/Bex & Arts

Il y a toujours ce que l'on préfère. Un peu de favoritisme ne fait pas de mal. Je commencerai donc cette série de trois articles sur les expositions suisses de l'été par un choix personnel. Inutile de préciser que je n'ai pas visité tout ce qui se donne à voir en ce moment entre Genève et Romanshorn. Aucun lien entre ces dix présentations. Voici donc: 

Otto Freundlich, Cosmic Communism. Il y a les classiques modernes que l'on voit tout le temps. L'Allemand de Paris, mort en 1943 dans un camp polonais, fait partie des autres. Il subsiste peu de chose de sa peinture et de sa sculpture, à l'abstraction colorée très originale. Relayant le Museum Ludwig de Cologne, le Kunstmuseum de Bâle montre ce qu'il peut d'une production assez fascinante. Il y a aussi là de la gravure, du vitrail et même de la mosaïque. Otto Freundlich, qui a toujours vécu pauvrement, aurait aimé devenir un artiste monumental (jusqu'au 10 septembre, site www.kunstmuseumbasel.ch)
Bex & Arts. Tous les trois ans, le domaine de Szilassy, plateau naturel surplombant la ville vaudoise de Bex, propose de la sculpture suisse contemporaine. La présentation a souvent donné une impression de surcharge. Il y a eu jusqu'à 80 Romands et Alémaniques (plus un ou deux Tessinois). Pour cette édition, le choix s'est vu resserré autour d'une trentaine de pièces. Les œuvres respirent. Elle s'intègrent par ailleurs mieux au décor naturel. Une promenade idéale par jours de beau temps (jusqu'au 15 octobre, site www.bexarts.ch)
Corps Concept. L'humain se doit d'être augmenté, comme il doit se développer une réalité virtuelle. Ce concept futuriste découle d'une idéologie complexe, et parfois contradictoire. C'était un sujet idéal pour la Maison d'Ailleurs d'Yverdon, qui lui consacre la totalité de sa surface, bibliothèque Jules-Verne comprise. Le parcours comprend du coup de mini-expositions comme les dessins à l'ordinateur de Beb-deum, les gravures de Jean-Pierre Kaiser ou les photos de Mathieu Gafsou (jusqu'au 19 novembre, www.ailleurs.ch)
Répliques: L'original à l'épreuve de l'art. Qu'est-ce qu'un original? En quoi se distingue-t-il d'un tirage, d'un retirage, d'une réplique, d'une transposition ou d'une édition? Graves questions, qui ne sont pas nouvelles, mais qui trouvent aujourd'hui des développements inédits. Le Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds catalogue les possibilités en partant de la collection contemporaine que lui a donné l'artiste Olivier Mosset, originaire de Neuchâtel. Une belle présentation qui exige de l'attention (jusqu'au 29 octobre, site www.chaux-de-fonds.ch/musees)
Un bal masqué. Chaque année, le château de Nyon produit une exposition à son image. Un peu de porcelaine, ancienne et moderne. Des objets illustrant le passage du temps. Une ou deux interventions résolument actuelles. Le bal en question pourrait durer tout un siècle, le XVIIIe. Il ponctue en fait une seule journée qui finit mal, après avoir commencé par une très élégante toilette. Le dernier objet exposé est le couperet de la guillotine genevoise, qui date de 1799 (jusqu'au 26 octobre, site www.chateaudenyon.ch)
Swiss Pop Art. Il n'y avait aucune raison pour que notre pays ne se voit pas influencé par le pop art américain ou anglais durant les années 1960 et 1970. L'écho restera cependant plus faible en Suisse romande. C'est ce que prouve aujourd'hui le Kunsthaus d'Aarau, qui n'a pas réuni moins de 270 tableaux sur deux étages. C'est l'occasion de découvrir des noms inconnus et d'en retrouver d'autres, célèbres pour autre chose. Markus Raetz ou Franz Gertsch ont ainsi connu leur époque pop (jusqu'au 1er octobre, site www.aargauerkunsthaus.ch)
Hola Prado! Durant sa fermeture, le Kunstmuseum de Bâle a beaucoup prêté aux musées madrilènes. En retour le Prado lui envoie 24 tableaux, pas forcément majeurs. Il y a pourtant là des Titien ou des Zurbaran célèbres. Bâle a décidé de former, sur fond bleu ou vert vifs, des couples avec des pièces parfois peu connues de ses collections. C'est très réussi, et les occasions de voir de la peinture ancienne en Suisse demeurent rares. Il faut donc saisir celle-ci au vol (jusqu'au 20 août, site www.kunstmuseumbasel.ch)
Réceptacles. Il y a de tout dans les contenants, du plus sacré au plus profane. Des analogies n'en existent pas moins entre les bols, les reliquaires et les boîtes. Le Musée Barbier-Mueller de Genève propose une nouvelle fois une exposition intelligente, insolite et inspirée. Elle fait partie des derniers travaux de Michel Butor. Il va sans dire que les œuvres, bien présentées, se révèlent de la plus haute qualité. Elle vont de l'archéologie au XXe siècle (jusqu'au 31 janvier 2018, site www.musee-barbier-mueller.org)
Manger. La mécanique du ventre. Il lui faut ingérer, digérer et si possible expulser. Le Muséum de Neuchâtel, qui présente ainsi la dernière exposition conçue par Christophe Dufour avant sa retraite, brise le tabou intestinal. C'est insolent, inventif et bien documenté. Une scénographie particulièrement spectaculaire d'Anne Ramseyer fait passer la sauce. Le visiteur apprend en plus bien des choses sur l'alimentation, ses erreurs et ses horreurs (jusqu'au 26 novembre, site www.museum-neuchatel.ch)
Entre l'art et la mode. Elle a travaillé à «Vogue Italia» et la dame a créé la version italienne d'«Elle» avant d'inventer le «concept store»à Milan. Carla Sozzani montre sa collection de photos au Musée des beaux-arts du Locle. Il y a là de grands classiques comme Irving Penn, Horst P. Horst ou Richard Avedon, mais aussi Angus McBean, Don McCullin ou Urs Lüthi. Un beau choix, très personnel, avec une focalisation sur le noir et blanc. Une réussite supplémentaire pour l'institution, que sa directrice Nathalie Herschdorfer a transformé en Elysée bis (jusqu'au 15 octobre, site www.mbaal.ch)

Photo (Bex & Arts): La sculpture du Genevois Laurent de Pury, présentée dans le domaine du Szilassy.

Prochaine chronique le dimanche 30 juillet. Les expositions suisses de l'été que je respecte (en clair que j'aime moins) et celles que j'apprécie peu (ou pas du tout).

 

 

 

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