Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Strasbourg expose au Palais Rohan la donation d'art ancien Poitrey-Ballabio

Jeannine Poitrey et Marie-Claire Ballabio avaient formé un bel ensemble d'art ancien. Il leur fallait un écrin intelligent. La ville alsacienne est moins submergée que la capitale.

La Vierge de Gian Battista Salvi, dit Sassoferato.

Crédits: Musées de Strasbourg.

Le 31 décembre 2018 disparaissait à Biarritz Jeannine Poitrey, spécialiste de sainte Thérèse d'Avila et du langage castillan du XVIe siècle. Durant trente ans, elle avait formé avec son compagne Marie Claire-Ballabio, agent d'assurances aujourd'hui à la retraite, une collection de tableaux, de dessins et de gravures anciens. Cet ensemble a été à la fois légué et donné par la survivante aux musées de Strasbourg, qui montre l'ensemble dans la galerie Heitz du Palais Rohan.

Les collectionneuses, qui n'étaient pas dotées de gros moyens, n'avaient apparemment pas de lien avec la cité alsacienne. Seulement voilà! Il fallait trouver un lieu d'accueil intelligent pour un ensemble d’œuvres allant de la fin du XVe siècle au XIXe triomphant. Paris possède déjà trop. Le magnifique musée Bonnat de Bayonne (tout près de Biarritz) reste fermé depuis des âges pour de mythiques travaux. Pourquoi pas Strasbourg, une ville très touristique (il faut voir aujourd'hui le marché de Noël, transformé en camp retranché à cause d'attentats possibles!)? Dirigé par Dominique Jacquot, qui poursuit une politique d'acquisition parfaite en dépit de moyens financiers réduits (son musée vient d'acquérir un important Simon Vouet), le Musée des beaux-arts est de plus situé dans un siège prestigieux. L'un des plus beaux bâtiments français du XVIIIe siècle, en face de la cathédrale. Le lieu n'offre en fait qu'un seul défaut. Il n'est pas extensible... On n'a pas encore inventé le monument historique en latex.

Une suite de coups de coeur

Depuis le 22 novembre, la galerie basse du Palais Rohan abrite donc, sur des murs sombres, 17 tableaux et 40 œuvres sur papier. Il y a là quelques pièces importantes, à commencer par la Vierge de Sassoferato, mort en 1685, faisant l'affiche. Leurs auteurs vont de l'Italien Girolamo da Treviso au Hollandais du Siècle d'Or (je sais, l'expression est devenue incorrecte à cause de l'esclavage...) Gerrit Adriaensz Berckheyde en passant par le Strasbourgeois Gustave Doré. D'autres réalisations exposées se révèlent un peu plus mineures, mais il faut rappeler que la collection a été formée par coups de cœur. C'est pourquoi l'idée émise sur le livre d'or de conserver l'ensemble lié ne me semble pas pertinente. Les différentes œuvres seront mieux dans le parcours de ce qui demeure un des plus beaux musées de France. L'un des moins typiques aussi, étant donné ses origines germaniques. J'y reviens dans un article situé une case plus haut dans le déroulé de ce blog.

"Daniel dans la fosse aux lions" de Nicolas Bertin, vers 1700. Photo Musées de Strasbourg.

Pour terminer, je dirai qu'il est amusant de noter que la donation Poitrey-Ballabio est la plus importante reçue par Strasbourg depuis les largesses des Kaufmann-Schlageter en 1987 et 1994 (1). Deux femmes après deux hommes! Allemands d'origine, mais installés à Strasbourg en 1946, les anti-nazis Othon Kaufmann et François Schlageter avaient constitué une fantastique collection de tableaux français et italiens baroques, conseillés par les plus grands conservateurs de musée. Las! Leur situation de couple avait effarouché, à ce qu'on dit, les élus alsaciens. Le Louvre se jeta alors sur l'ensemble comme la vérole sur le bas clergé (2). Strasbourg n'a reçu qu'une partie de l'ensemble. Il y est au moins montré, et bien montré, alors que beaucoup de tableaux Kaufmann-Schlageter dorment dans les caves du musée national...

(1) Il me faut cependant citer l'important legs Ann L. Oppenheimer en 2008.
(2) Je sais. L'expression est démodée. Elle signifie «à toute vitesse».

Pratique

«Une donation exceptionnelle», Galerie Heitz, Palais Rohan, 2, place du Château, Strasbourg, jusqu'au 22 février 2020. Tél. 00333 68 98 51 60, site www.musees.strasbourg.eu Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h.




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