Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Stéphane Lambert évoque dans un livre très personnel "Klee jusqu'au fond de l'avenir"

L'écrivain belge dialogue avec le peintre, qu'il interroge de manière posthume. C'est un discours douloureux, très loin du Paul Klee sarcastique.

"Ad Parnassum", 1932.

Crédits: DR, Kunstmuseum, Berne 2021.

Peut-on encore faire de la littérature en parlant de beaux-arts? Je ne parle pas là de critique, ni de travail d’historien. Non. La démarche serait plutôt d’accompagner des œuvres ou de leur trouver un sens actuel. Ou alors, comme ici, d’évoquer ce que tel ou tel artiste vous apporte de personnel. Telle est en effet la démarche que me semble adopter Stéphane Lambert, un écrivain belge francophone de 47 ans à la bibliographie déjà imposante. Je vous avais parlé en 2020 de son livre sur l’artiste symboliste Léon Spilliaert, «Etre moi, toujours plus fort». Voici aujourd’hui l’ouvrage tournant autour de Paul Klee, «Jusqu’au fond de l’avenir».

"Elle aboie, nous jouons". Une oeuvre dont on peut tirer plusieurs sens. Photo DR, Zentrum Paul Klee, Berne 2021.

En une centaine de pages, Lambert va tenter d’éclairer un certain nombre d’œuvres de l’artiste germano-suisse, mort en 1940 à 61 ans. L’écrivain a accompli pour cela le voyage de Berne en hiver. Il neige discrètement dans les chapitres où l’auteur va du cimetière abritant la tombe de l’artiste à un Zentrum Paul Klee désert. Une solitude qui convient au dialogue intime, qui portera sur quelques tableaux célèbres reproduits dans le livre (pas très bien d’ailleurs). Il est question de trajectoire personnelle, bien sûr, mais aussi de maladie, d’angoisse face au monde extérieur ou de transcription de la réalité. Des sujets qui passionnent Stéphane Lambert, dont certains vantent la «sensibilité douloureuse». Autant dire que le public reste ici dans les choses sérieuses, même si le peintre a souvent fait preuve d’humour. Il existe plusieurs Klee différents.

"La dernière nature morte", de 1940. Photo DR, Zentrum Paul Klee, Berne 2021.

«Paul Klee jusqu’au fond de l’avenir» fait ainsi entendre une voix, qui se superpose à des images. Une voix solitaire, soliloquant un peu. Le lecteur doit accepter de jouer le jeu, l’artiste tenant à la fois le rôle de l’interlocuteur muet et celui de créateur majeur. C’est un goût qu’il doit avoir, en tant que tierce personne. Des réflexions plutôt que des faits. Autrement, le livre a beau figurer dans une collection d’Arléa intitulée «La rencontre». Celle-ci ne se fera pas.

Pratique

«Paul Klee jusqu’au fond de l’avenir» de Stéphane Lambert, aux Editions Arléa, 120 pages.

Stéphane Lambert, Photo DR.

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