Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Stéphane Bern tient ses comptes avec son livre "Sauvons notre patrimoine"

L'homme du Loto fait le portrait d'une France focalisée sur Paris, alors que tout s'écroule dans les campagnes. Sur 44 000 monuments, 3000 sont déjà en réel danger.

Stéphane Bern et Emmanuel Macron.

Crédits: L. Marina, AFP

C'est de bonne guerre. Le livre a paru quelques jours avant les Journées du patrimoine, qui se déroulent en France courant septembre une semaine après la Suisse. Stéphane Bern se livre à un bilan de deux années d'actions dans «Sauvons notre patrimoine». L'ouvrage se termine avec des dizaines de pages d'annexes, où le lecteur retrouvera noir sur blanc les caractéristiques de tous les monuments touchés par les campagnes de restaurations entreprises ou envisagées en 2018 et 2019. C'est du solide. Du concret. Du précis. L'homme du Loto doit montrer qu'il possède une parfaite connaissance de ses dossiers.

Mais il n'y a pas que cela dans ce pamphlet militant, visiblement écrit vite ou par à-coups, ce que semble indiquer de nombreuses répétitions. Depuis longtemps impliqué dans le sauvetage du patrimoine français (il a lui-même remis à flots l'ancien collège royale Thiron-Gardais), le journaliste et animateur de télévision fait l'analyse de la situation française. Elle n'est pas bonne. La France compte 44 000 monuments. Une paille par rapport au 1,3 million de «Denkmäler» allemands. Un pays il est vrai traumatisé par les destructions de la dernière guerre. Or, sur les 44 000 de la liste, «9000 sont dégradés et plus de 3000 en réel péril». L'enveloppe du ministère de la Culture a diminué depuis Mitterrand pour se stabiliser autour de 326 millions d'euros. C'est peu de chose par rapport au budget de 466 millions pour refaire le Grand Palais, aux 600 millions prévus afin d'agrandir la gare du Nord ou au milliard de Notre-Dame. Mais ces trois derniers édifices se trouvent à Paris, et c'est là le cœur du problème.

Des communes sans argent

L'essentiel des bâtiments en souffrance se trouve effectivement en régions, souvent dans les campagnes. Comment des communes peuplée de quelques centaines d'habitants peuvent-elles entretenir une église remarquable, un château semi-abandonné, une fontaine ou même un lavoir «alors qu'il y a déjà le stade de foot et la station d'épuration»? Les regroupements communaux accentuent les problèmes. Une nouvelle entité peut se retrouver avec six ou sept églises sur les bras. Impossible de trouver des mécènes, même impliqués dans tout le pays, pour venir en aide à la province. Tous veulent utiliser Paris comme vitrine. Restent les privés. Mais l'administration se révèle si labyrinthique qu'elle décourage les bonnes volontés. Le livre cite quelques cas. Il n'y a guère que l'associatif qui paie. Et Stéphane Bern de rappeler les efforts de groupes de jeunes, inscrits sur des chantiers. et d'internautes. Grâce à 6500 de ces derniers, le château à demi ruiné de La Mothe-Chandenier, dans le Poitou, a pu se voir racheté par parts de 50 euros. Je vous ai d'ailleurs raconté cette histoire il y a quelques mois.

Le château de La Mothe-Chandenier. Tout est à refaire. Photo Guillaume Souvent, AFP

Et pourtant, la France reste le pays le plus visité du monde avec 90 millions de touristes! Et pourtant, «le patrimoine bâti représente 500 000 emplois directs ou indirects», et ce au moment où la France en a bien besoin! Et pourtant, le 95 pour-cent des Français estime «important de sauver le patrimoine construit»! Mais au lieu de s'y atteler, les députés ont voté fin 2018 l'inepte Loi Elan qui permet de détruire des quartiers entiers, même protégés, en cas d'insalubrité. Tout cela au nom de «l'habitat indigne». Comme si, mais maintenant c'est moi qui parle, envoyer les habitants des villes dans des banlieues pouilleuses avait quelque chose de digne. Mais cela permet souvent la construction, et donc la spéculation par gentrification. Ça, Stéphane Bern le dit à demi-mots. Il lui faut critiquer la situation actuelle sans s'aliéner le pouvoir. Un exercice d'équilibrisme, alors que beaucoup (y compris des universitaires jaloux, hélas) voudraient le voir tomber.

La peau dure

Heureusement, l'homme ne se décourage pas. Il a la peau dure. Une certaine forme de patriotisme, qui permet d'encaisser les coups. Le soutien de beaucoup, moins dans la capitale que dans une France profonde qui se sent légitimement abandonnée. Reste que pour le moment, non seulement l'Allemagne fait mieux, mais aussi l'Angleterre ou l'Italie (jamais citée dans le livre). Je viens par exemple de vous entretenir du FAI, ou Fondo per l'Ambiente Italiano. Il serait sans doute temps de réagir, sans couleur politique ni passions. Mais là, c'est à nouveau moi qui parle...

Pratique

«Sauvons notre patrimoine» de Stéphane Bern, aux Editions Plon, 226 pages.



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