Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Star française des années 1940, la volcanique Suzy Delair est morte à 102 ans

La comédienne a incarné un moment du cinéma français, avec un film comme "Quai des Orfèvres" en 1947. Elle n'a hélas pas connu la carrière prévue par la suite.

Suzy Delair dans "Lady Paname" d'Henri Jeanson (1950). Un film injustement oublié.

Crédits: DR

Elle savait ménager ses entrées. Suzy n’a pas bien su jouer les filles de l’air. Autrement dit sa sortie. La comédienne disparaît à 102 ans, alors que le monde ne s’intéresse plus qu’à un virus. Planétaire, il est vrai. Autant dire que le décès de «la doyenne des comédiennes françaises» (1) va passer inaperçu. Beaucoup d’amoureux du cinéma français des années 1940 croyaient d’ailleurs l’interprète de «Quai des orfèvres» et de «Pattes blanches» disparue depuis longtemps. C’est en 1973 que Suzy avait tourné pour la dernière fois… avec Louis de Funès.

Je vous ai déjà tout dit de la dame au moment de ses 100 ans. C’était le 31décembre 2017. Mon article attendait alors depuis un an dans son tiroir informatique. Certaines biographies de l’actrice la faisaient en effet venir au monde fin 1916. Je vous ai donc expliqué que Suzette Delaire, dite Suzy, avait connu un vedettariat assez court en jouant les brunes au caractère bien trempés. Des femmes se situant quelque part entre le volcan en éruption et l’emmerdeuse caractérisée. Ses personnages tempêtaient pour un rien avant de se radoucir temporairement. L’algarade pouvait rester verbale, comme dans «Un fil à la patte» (1954). Mais il faut avoir vu la scène de du lavoir dans «Gervaise» de René Clément (1956), où Suzy roue de coups Maria Schell, pour savoir qu’en certaines femmes il y a toujours une catcheuse qui sommeille.

Le feu et le pétrole

Suzy n’aura donc pas participé à beaucoup de films importants. Les deux meilleurs restent dus à Henri-Georges Clouzot, alors son compagnon. Leurs amis comparaient leur union à celle du feu et du pétrole. Il fallait que cela explose. Ce qui fut le cas dans «L’assassin habite au 21» en1941 et surtout dans «Quai des Orfèvres» six ans plus tard. Situé dans la France à peine remise de l’Occupation, ce dernier long-métrage sentait la hargne, la rancœur et le ranci. Suzy y mettait cependant un peu de «sex-appeal» en chantant son «Petit Tralala». Chacun de ses mouvements, dans une scène d’anthologie, se voyait ainsi rythmé par un mouvement de son derrière faisant sauter le pouf de sa robe signée Jacques Fath.

Suzy Delair dans "Quai des Orfèvres" d'Henri-Georges Clozot, 1947. Photo DR.

C’était une période de transition, qui se termine en fait avec «Lady Paname» en 1950. Autrement dit un moment éphémère. Suzy correspondait à une France photographiée en noir et blanc par Robert Doisneau, avec ce que la chose suppose de gouaille, d’effronterie et de couleur locale. Très vite, le pays requinqué par le Plan Marshall se cherchera une vedette plus hollywoodienne. Platinée si possible, comme Lana Turner à la MGM. Ce fut Martine Carol. Suzy eut beau s’agiter. Il lui restait les seconds rôles, le théâtre et surtout l’opérette .Elle était faite pour chanter Offenbach, elle qui possédait une vraie voix solidement travaillée. On l’a même vue ainsi dans «La vie parisienne», produite par la très intellectuelle Compagnie Renaud-Barrault. Elle s’y montrait paraît-il excellente, mais sa véritable carrière s’est un peu arrêtée là. La comédienne n’a plus ensuite fait que des apparitions. Autant dire qu’il y aura eu entre chacune d’entre elles des disparitions…

(1) La doyenne semble en fait Renée Simonot, la mère de Catherine Deneuve, qui a fêté ses 108 ans en 2019.

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