Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Sotheby's va vendre à Londres un Rembrandt qui a passé douze ans dans une cuisine

Le tableau avait été acquis par un jeune marchand parisien en 1970. Il n'était pas parvenu à le faire authentifier. Les experts ont aujourd'hui donné leur aval.

Le nouveau Rembrandt.

Crédits: Sotheby's, Londres 2020.

Seuls les imbéciles ne changent jamais d’habit. La maxime pourrait s’appliquer aux experts de Rembrandt. Je me souviens de vous l’avoir déjà expliqué. L’œuvre du maître hollandais, mort en 1669, connaît depuis des décennies ses hauts et ses bas. De nombreuses toiles ont été désattribuées, tandis que des nouvelles se retrouvaient au firmament. Je ne saurais dire que l’image du génie y ait toujours gagné. Les spécialistes actuels admettent un nombre considérable d’œuvres de jeunesse ne faisant guère honneur à l’auteur de «La ronde de nuit». Des petits zinzins. Des chefs-d’œuvre des années 1650 et 1660 se retrouvent en revanche donnés à des élèves ou à des suiveurs. De grosses pertes.

Rembrandt a réalisé durant sa vie un nombre considérable d’autoportraits. Il en existe depuis quelques années un de plus. Il ne s’agit pas d’une découverte récente. Le tableau est connu depuis sa vente en 1891 à Paris. Le 2e vicomte Hampden l’avait alors acheté. Un de ses descendants l’a remis en vente courant 1970 chez Sotheby’s. Las! Le tableau passait alors pour une création d’atelier. C’est le marchand Jacques Leegenhoek, alors tout jeune, qui l’avait acheté pour 650 livres (la livre valait à l’époque bien plus qu’aujourd’hui). Ce débutant, né dans une famille de négociants d’art, avait tenté de le faire authentifier. Sans succès. Il l’avait alors donné à sa femme. Le couple a eu le petit tableau accroché durant douze ans dans sa cuisine. L’œuvre a ensuite changé de mains. Elle est notamment apparue à une TEFAF de Maastricht. Son actuel propriétaire la possède depuis 2005. Elle est aujourd’hui solidement intégrée dans le corpus. La dendrochronologie a pu prouver que le tableautin a été exécuté dans les planches du même arbre que la célèbre «Leçon d’anatomie du Dr Nicolaes Tulp» de 1632.

Une vente panachée

Cet «Autoportrait avec collerette et chapeau noir», l’un des trois seuls autoportraits de Rembrandt encore en mains privées, va donc se retrouver chez Sotheby’s le 28 juillet à Londres. Le prix annoncé n’est pas tout à fait le même qu’il y a un demi siècle. La maison parle d’une somme comprise entre 12 et 16 millions de livres. Le panneau retrouvera dans une vente tutti frutti de prestige de la multinationale. Celle-ci entend désormais casser dans ses vacations de prestige les barrières séparant traditionnellement les genres. Il y aura donc aussi le 28 juillet du moderne et du contemporain, La clientèle plus jeune se montrerait favorable à cette nouvelle manière de procéder, plus éclectique. Le seul lien entre les œuvres proposées reste le prix. Elevé, of course!

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