Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Sotheby's va renoncer à la version papier de la plupart de ses catalogues de ventes

La multinationale parle de réduire son empreinte carbone. Elle nous prend pour des naïfs. Il s'agit d'économiser sur des coûts que seules les super vacations justifient.

Les catalogues de la vente David Bowie.

Crédits: Sotheby's.

C’est une page qui se tourne. Au propre. Enfin pas tout à fait! Sotheby’s vient d’annoncer aux abonnés de ses catalogues, qui paient en général une somme assez conséquente pour recevoir ceux concernant un domaine bien déterminé, que ce sera ter-mi-né. La multinationale a décidé d’abandonner la publication papier de la plupart de ses catalogues. Il s’agit bien sûr de se contenter de leur mise en ligne. Le but officiel de cette mesure est de «diminuer l’empreinte carbone». Il ne faudrait cependant pas pousser la mémé dans les bégonias. Le jour où Sotheby’s (qui ne s’est jamais caractérisé par son intérêt pour la survie de la Planète et des habitants qui y habitent) se souciera du carbone, il fera plus chaud qu’aujourd’hui. La firme entend juste réaliser une économie. Il existe peu de maisons fonctionnant davantage sur des critères économiques. Il n'y a qu’à voir la gestion de son personnel. Le fric, le flouze, les fifrelins, le pognon, l’artiche et le pèze.

La chose, qui se verra à coup sûr imitée par Christie’s, ne va pas sans problèmes. D’abord, il faudrait à l’entreprise un site signe de ce nom. «Or quand elles sont riches, les firmes font appel à des gamins surpayés qui imaginent des manipulations ludiques pour d’autres gamins», m’a récemment confié le membre d’une maison de ventes suisse. «Le seul problème, c’est que la plupart des clients, sauf pour des vacations très spécialisées, ont plus de 50 ans.» Autrement dit l’âge où l’on devient incapable de maîtriser certaines techniques, ou alors de s’y intéresser même de loin. Les sites de Christie’s comme de Sotheby’s, avec leurs cheminements tortueux et leurs petites photos (que l’on peut certes agrandir, mais avec le risque de revenir en arrière) demanderont de grosses améliorations. Les gros catalogues sur papier glacé, qui n’ont pris leur véritable essor que dans les années 1980, savaient souligner l’importance (parfois fictive) d’une œuvre avec toute une mise en scène. Il faudra trouver en trouver l’équivalent virtuel. Les capsules et autres bavardages font plutôt perdre du temps.

Les plus de 50 ans laissés de côté

La génération des plus de 50 ans aime le toucher du papier. Sa mémoire se révèle plus intense quand la photo se révèle imprimée. Ces gens annotent, notamment en inscrivant les résultats des ventes. Et puis il y a l’après. Retrouver quelque chose des années plus tard, même avec des mots clés, sera difficile en se contentant des archives de la maison (ou de ce qui en tient lieu). Les professionnels utilisent du reste avant tout les services (payants) d’Artnet ou d’Artprice, plus simples et plus fiables.

Le catalogue de la seconde vente des bijoux de la duchesse de Windsor. La vraie, celle de tous les records a eu lieu bien avant à Genève. Photo Sotheby's.

Le «presque» du communiqué laisse supposer que les catalogues pour les super-ventes, qui deviennent ensuite des «collectors» comme ceux de la vente Yves Saint Laurent en 2009, seront maintenus. Question de prestige. Mais ce sera une infime minorité. Les deux sœurs ennemies rêvent en fait de réduire les coûts au maximum. L’idéal pour elles serait des entreprises sans loyers, sans publicité et bien sûr sans personnel. Tout bénéfice. Pendant qu’on est est, ce serait Amazon qui livrerait les colis aux clients! Et pour une fois, ceux-ci ne pourraient rien renvoyer à la maison mère… Ici, un achat est un achat.

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