Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Sotheby's New York va tenter de vendre en janvier le Botticelli à 80 millions de dollars

Le tableau appartient à un milliardaire du secteur immobilier qui l'avait payé 1,3 million en 1982. L'autographie du portrait d'homme se voit par ailleurs contestée.

Le tableau, qui daterait des années 1470-1480.

Crédits: Sotheby's, New York 2020.

Tiens! J’ai lu ça sur le site du mensuel «Connaissance des arts». Mais la nouvelle traîne aujourd’hui partout. Sotheby’s a annoncé que la maison vendra le 24 janvier prochain à New York un «Portrait de jeune homme au médaillon» de Sandro Botticelli (1445-1510). Le panneau, que la maison dit en excellent état, remonterait aux années 1470-1480. L’artiste toscan se détournait alors de la formule conventionnelle voulant que les effigies se fassent de profil, comme sur les médailles. Il adoptait la formule du trois-quarts, évitant le regard frontal. Ce schéma reste aujourd’hui encore souvent maintenu pour les photographies.

L’oeuvre possède la particularité de comporter en bas un médaillon plus ancien, incrusté dans le bois. Un fragment de peinture du XIVe siècle. Ce n’est pas un hapax (un cas unique, si vous préférez) dans le corpus du Florentin. On connaît de lui un célèbre portrait d’homme tenant une plaque dorée représentant Côme de Médicis, dit «l’Ancien». Il s’agit d’une des rares effigies conservées de Botticelli, pour autant que notre homme en soit l’auteur. Certains spécialistes parlent en effet de Francesco Botticini, un de ses contemporains les plus doués. Botticini attend toujours son grand auteur et surtout son exposition. Bien qu’apparu en vente publique chez Christie’s en 1982, le tableau aujourd’hui en vedette américaine ne figure ainsi pas dans le catalogue raisonné de Ronald Lightbown, paru dans notre langue en 1989.

Un chef-d'oeuvre absolu?

Ce qu’il y a surtout d’extraordinaire avec lui, c’est le prix annoncé par Sotheby’s pour sa star de la Masters Week. Quatre-vingts millions de dollars. Un chiffre vertigineux, surtout en ce moment. Christopher Apostle, qui s’occupe des «Old Masters» de la maison, se déclare confiant. Il parle bien sûr de chef-d’oeuvre absolu. Son actuel propriétaire Sheldon Solow l’avait cependant payé 1,3 millions il y a trente-huit ans. Voilà qui fait une plus-value impressionnante… En 2013, une Vierge à l’enfant de Botticelli, un sujet religieux ce qui se vend il est vrai de nos jours plus difficilement, n’avait obtenu «que» 10,4 millions.

Une chose sûre. Aujourd’hui âgé de 92, le promoteur immobilier new-yorkais Solow ne vend pas par besoin urgent. En août dernier, Forbes a encore estimé sa fortune à 4,4 milliards. Largement de quoi affronter l’avenir quand on a 92 ans!

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