Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Sotheby's dispersera à Paris la bibliothèque du Genevois Jean-François Chaponnière

Il y aura deux ventes le 18 novembre. Les invités ont pu découvrir lundi à Genève quelques fleurons de cet ensemble patiemment réuni. Il va de Madame de Sévigné à Victor Hugo.

Une reliure spectaculaire du XVIe siècle.

Crédits: Sotheby's

La soirée était très genevoise lundi 28 octobre chez Sotheby's. La filiale locale présentait en avant-première quelques livres et autographes provenant de la bibliothèque naguère constituée par Jean-François Chaponnière (1919-2005). «Quand nous parlions ensemble, nous commencions par aborder les affaires, mais la conversation se terminait toujours sur des questions bibliophiliques», a déclaré Jean Bonna dans ce qui ressemblait à une laudatio. Il faut dire que les deux hommes, liés à la même banque privée (Lombard Odier), trouvaient là un second terrain d'entente commun, bien qu'ils aient appartenu à deux générations différentes. Le livre comme la musique forment des univers. Et il y avait chez Jean-Paul Chaponnière un manuscrit de Mozart...

La réunion, qui coïncidait pour la multinationale avec le remplacement du directeur général Tad Smith par Charles F. Stewart (avec tous les tremblements de terre que cela suppose), proposait quelques fleurons de cet ensemble patiemment réuni. Voltaire et Rousseau se retrouvaient en chiens de faïence dans la même vitrine. D'autres abritaient Buffon ou Madame de Sévigné, dont le Genevois possédait l'une des rares lettres autographes conservées. Celle-ci remonte à 1691. Victor Hugo restait seul sous la cloche de verre. Ainsi en va-t-il des géants. Il y avait aussi de fort belles reliures aussi bien faites pour l'érudit lyonnais Jean Grolier au XVIe siècle que pour la plus frivole Joséphine Bonaparte en 1801. Le cœur ne s'en situait pas moins au XVIIIe. Le Siècle des Lumières, qui brillèrent d'un éclat singulier à Genève.

Pourquoi vendre?

Pourquoi vendre? C'est la question qui se voit toujours posée dans ces circonstances Parce que Jean-François Chaponnière avait quatre filles, comme le Docteur March du célèbre roman de Louisa May Alcott. Qu'aucune d'elles n'entend garder, ou former, une collection analogue. Pas plus que leurs enfants. Et puis, il faut bien que de nouveaux amateurs puissent se profiler. Un spécialiste maison anglophone nous a ainsi longuement expliqué à quel point les écrits de Mozart, presque fréquents dans sa jeunesse, étaient devenus rares sur le marché. D'où leur prix. Les deux feuilles du maître se voient estimées entre 150 000 et 200 000 euros. J'ai presque honte de le dire, ou plutôt de l'écrire. On restait dans un milieu où l'on ne parle guère de ces choses-là, lundi soir. «Je suis une Genevoise pur sucre», expliquait l'une des filles du collectionneur, qui s'était encore marié comme ses trois sœurs dans son milieu. Oui, pur sucre mais avec un seul sucre seulement...

Pratique

Sotheby's, Paris, ventes le 18 novembre à 10h30 et à 14h30. Visites les 14, 15, 16 et 17 novembre. Pour plus de détails www.sothebys.com

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