Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Sortez vos lunettes de soleil. La restauration de Saint-Germain-des-Prés est terminée

C'est rouge, c'est bleu, c'est vert, c'est jaune. Avec en plus beaucoup de dorures. Le décor entrepris par Hippolyte Flandrin vers 1850 a retrouvé son faste et son éclat.

L'église, telle qu'elle se présente aujourd'hui en forçant un peu sur l'éclairage.

Crédits: Pintinterest

Je vous en avais parlé à mi-parcours. Le marathon est aujourd’hui terminé. Vestige d’un immense complexe religieux démantelé (et largement détruit) sous la Révolution et l’Empire, Saint-Germain-des-Prés a retrouvé la splendeur de ses décors. Comme ceux de la plupart des églises parisiennes, ceux-ci datent de la seconde moitié du XIXe siècle. C’est le moment du grand renouveau catholique avant le KO de la Loi de 1905, quand l’État se séparera de l’encombrante Eglise. Notez qu’à Genève le canton agira de même peu après contre le protestantisme…

Mais revenons à Saint-Germain, qui n’a plus rien aujourd’hui du quartier intellectuellement bouillonnant de l’immédiat après-guerre. Il fallait sauver les peintures, avant tout dues à Hippolyte Flandrin (1809-1864), dont un très important tableau de jeunesse vient de disparaître dans l’incendie de la cathédrale de Nantes. C’est lui qui a initié et réalisé la plupart des décors. Son décès a fait passer la suite de la commande à Sébastien Cornu (1804-1870). Un homme nettement moins inspiré que le Lyonnais formé par Ingres. Après ce deuxième décès, le chantier s’est arrêté pour de bon. L’une des grandes surprises actuelles et de découvrir que certains compartiments du transept droit sont du coup restés vides. On pense lointainement aux bas-reliefs de Philae, en Haute-Egypte, où un tailleur de pierre a un jour exécuté sans le savoir le dernier hiéroglyphe laissant le reste du mur nu…

Personnages dorés

Il a fallu trouver beaucoup d’argent pour restaurer ces décors et surtout leurs murs porteurs . Une cinquantaine de millions ont été dépensés en tout pour l’église, qui n’était pas en bonne santé comme la plupart de ses consœurs de la capitale. Ce n’était certes pas l’état de dégradation d’une partie de Saint-Sulpice ou de celle des peintures de Notre-Dame de Lorette, mais il y avait tout de même de quoi se faire ses soucis. L’actuelle réfection a eu la bonne idée d’être éclatante. Tapageuse. Radicale. Elle va jusqu’au bout avec ses colonnes rouges ou vertes ou ses chapiteaux médiévaux aux personnages dorés sur fond de couleur. Les années 1850 avaient voulu rattraper en polychromie le Moyen-Age, une époque où l’on ne donnait pas dans les tons pastels. Les restaurateurs ont fait là du beau boulot. Il en reste encore dans la chapelle derrière l’abside. Elle apparaît en comparaison d’une saleté redoutable.

Le travail s’est étendu aux tableaux, qui sont plus anciens. La célèbre «Entrée du Christ à Jérusalem» de Laurent de La Hyre, une des plus belles toiles du XVIIe français, a ainsi retrouvé son éclat. Idem pour ce qui m’a semblé être (tout cela manque de cartels) un «Baptême par saint Philippe l’eunuque de la reine d’Abyssinie» de Nicolas Bertin (1718). La toile ressemblait il y a quelques mois encore à une plaque de chocolat ayant coulé au soleil.

Encore beaucoup de travail...

Bien d’autres églises parisiennes attendent un tel coup de plumeau. Mais elles intéressent peu la Mairie, même si cette dernière consacre une exposition photographique à ses efforts en la matière sur les grilles de la Tour Saint-Jacques. Il y a cependant eu des tentatives à Saint-Eustache et à Saint-Augustin. Pour continuer la suite Flandrin, il serait bon de s’atteler maintenant à Saint-Vincent-de-Paul, tout près de la Gare du Nord. Architecte Jacques-Ignace Hittorf (qui avait prévu une façade en lave émaillée de toutes les couleurs). Peintures Hippolyte Flandrin. Sculptures François Rude. Qui dit mieux? Et c’est pourtant une quasi ruine...

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."