Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Sonia Zannettacci expose le photographe Fred Stein dans sa galerie genevoise

Juif allemand, l'homme a passé par Paris avant de s'installer à New York. Il a avant tout donné des images de gratte-ciel. Ils ont en général un petit air penché.

Les gratte-ciel faisant l'affiche et la couverture du catalogue.

Crédits: Succession Fred Stein. Galerie Sonia Zannettacci, Genève 2019.

Ce n'est pas la première fois. Il ne s'agit sans doute pas non plus de la dernière. Sonia Zannetacci demeure fidèle à ses artistes. Depuis la quarantaine d'années que je la connais, elle est ainsi comme une vigie, dans la galerie du 16, rue des Granges. La femme elle-même a si peu changé physiquement en quatre décennies que je me sens à la fois inquiet et rassuré. J'ai rarement assisté à une telle permanence.

Fred Stein occupe aujourd'hui les cimaises de cet espace à la forme improbable, auquel le visiteur accède après quelques marches. Il s'agit d'un de ces photographes dont la vie a été tourmentée par l'Histoire. Stein voit le jour en 1909 à Dresde, qui est alors «la Florence de l'Elbe». Il est Juif. L'arrivée d'Hitler au pouvoir début 1933 le contraint à un exil à Paris, via Prague. Ne pouvant rester avocat en France, il devient photographe non plus amateur, mais professionnel. L'émigré ouvre ainsi son studio. La déclaration de la guerre en 1939 lui rappelle cruellement qu'il vient malgré tout d'Allemagne. Internement. L'homme réussit à gagner l'Amérique en 1941, en passant cette fois par la Martinique. Il lui faut recommencer sa vie à New York. Comme portraitiste, surtout. Avec un certain succès, je dois dire. Stein meurt subitement en 1967.

Des pierres plutôt que des visages

Ce que l'Histoire, celle de la photographie cette fois, retient de son œuvre, ce sont pourtant moins des visages que des buildings. Stein les regarde d'un air penché. Le texte d'introduction de l'exposition, qui bénéficie (chose devenue rare en galerie) d'un catalogue, s'intitule du reste «Les penchants de Fred Stein». Un mot à prendre au sens propre. Cet original aime fixer à la diagonale les gratte-ciel, quand il ne regarde pas ce qui se passe au niveau du sol. Dans ce cas-là, il ne faut pas chercher dans ces images, datant toutes des années 1940, une «photographie humaniste». Il n'y a là aucune sentimentalité. Stein préfère les pancartes, avec leur débauche de mots, ou les enseignes. L'homme, ou la femme, ne font ici que de la figuration, à de rares exceptions près. La dame qui vend des «War Bonds». Une image presque insolite dans sa chaleur. Des manifestants anti-alcooliques, pour le part plutôt réfrigérants.

La mariée selon l'artiste. Succession Fred Stein, Galerie Sonia Zannettacci, Genève 2019.

Cette exposition muséale est donc préfacée par Philippe Trétiack. Un architecte n'ayant sauf erreur jamais rien construit, ce qui me le rend plutôt sympathique. Devenu journaliste, il produit pour divers journaux, quand il n'écrit pas un livre. Je me souviens de «Faut-il pendre les architectes?» paru au Seuil en 2001. J'ai en revanche publié la conclusion. Convenait-il ou non de les mettre à mort? La sentence semblerait tout de même sévère même si de nombreuses constructions locales récentes laisseraient planer le doute.

P.S. Il ne me semble pas que cette exposition ait fait partie de la marécageuse biennale genevoise «No Photo», pilotée par la vétérante Véronique Lombard. Le programme de cette courte manifestation restant incompréhensible, que ce soit sur le Net ou dans sa version papier, je me suis fait une joie de ne pas en parler.

Pratique

«Fred Stein», galerie Sonia Zannettacci, 16, rue des Granges (ou plutôt 4, rue Henri-Fazy), Genève, jusqu'au 16 novembre. Tél. 022 311 99 75, site www.zannettacci.com Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 12h et de 14h à 19h, le samedi de 11h à 17h. Le lundi de 14h à 19h.



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