Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Soleure offre toujours ses paysages de carte postale. La ville a su garder son patrimoine

Une visite au Kunstmuseum fournit l'occasion de découvrir l'une des cités les mieux conservées de Suisse alémanique. Elle est pourtant culturellement bien vivante!

La ville vue de la cathédrale avec, à gauche, l'Hôtel de la Couronne.

Crédits: Keystone

Soleure est une ville de carte postale. Ou plutôt non. On penserait de nos jours plutôt à une succursale d’EuroDisney, à la différence près qu’ici tout se révèle vrai. Mais nous sommes en Suisse alémanique. Autant dire que tout se voit entretenu à l’extrême. Ici, la patine demeure peu appréciée. L’Hôtel de la Couronne a du coup l’air d’un décor de carton-pâte, tout comme la façade néo-classique le cathédrale Saint-Ours, posée sur un modèle réduit de l’escalier de la Trinités des Monts de Rome. Cette architecture latine due à un Tessinois apparaît en effet d’une blancheur presque suspecte (1). C’est un gâteau à la crème. Une meringue chantilly.

La cathédrale Saint-Ours du Tessinois Pisoni. Photo Keystone.

Coupée en deux par l’Aar, la Soleure ancienne occupe un espace assez important. Aucune verrue pourtant. Ici, comme dans l’Aarau voisin, on a eu le respect du patrimoine. Il n’a a pas eu, comme dans dans beaucoup de petites cités romandes (Nyon, pour ne pas aller bien loin…), d’attaques sournoises contre le bâti depuis les années 1960. La chose ne signifie pas pour autant que la ville soit coupée du monde. Nous ne nous trouvons à Stein am Rhein, de l’autre côté du Rhin. On sait, en matière de culture helvétique, à quel point l’ancienne résidence des ambassadeurs de France (2) est liée en matière de littérature et de cinéma contemporains nationaux. Avec ce que cela suppose comme brassages de langues. Soleure a quelque chose de chic et de cultivé. Et cela même si le Kunstmuseum, dont je vous parle une case plus haut dans le déroulé de cette chronique, reste souvent bien désert…

Soleure lors des Filmtage consacrés au cinéma suisse contemporain. Le festival a toujours lieu en janvier. Photo Peter Schneider, Keystone.

Cet été où l’on recommande aux Suisses de ne pas traverser trop de frontières, histoire de ne pas les voir bouclées au moment du retour, c’est vraiment un but idéal. Comme c’est différent de Zurich! Quelle altérité avec Bâle, qui garde tout même aujourd’hui encore un côté plus détendu que notre capitale économique. Il y a largement de quoi voir entre les maisons à poivrières sculptées de la Renaissance, les anciens hôtels particuliers (dont celui du très coquin baron de Besenval, en charge des gardes suisses de Louis XV), les églises et les fortifications médiévales. Il y a en plus un train direct depuis Genève chaque heure pour y arriver!

(1) Parfaitement entretenue, l’église abrite hélas des tableaux d’autel fort crasseux. Vers 1775, Soleure avait pourtant fait appel aux plus célèbres peintres germaniques ou italiens. Il y a notamment là quatre ou cinq toiles immenses de Domenico Corvi (1721-1803), qui passait alors pour l’un des principaux artistes de Rome. On croirait aujourd’hui voir des Soulages!
(2) C'était avant 1798!

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