Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Selon Macron, aucune dépense n'est superflue pour le château de Villers-Cotterêts

Le président a décidé en 2018 que l'édifice bien délabré, voulu par François Ier en 1528, deviendrait en 2022 "La cité internationale de la langue française".

Le château dans son état actuel, avec les fouilles archéologiques en cours.

Crédits: Institut national de recherches archéologioquies préventives.

On découvre bien des choses en lisant la presse à rebours des intentions de cette dernière. Tenez! Je vous livre mes réflexions après avoir terminé l’édition du 19 février du «Journal des Arts». Un titre d’article paru en page 9, sous la plume de Lorraine Lebrun, a attiré mon attention. «Le Centre des Monuments Nationaux veut transformer la crise en opportunité.» Avouez qu’il s’agit apparemment là d’une drôle d’alchimie. Le but est pour la journaliste de parler d’un plan de relance – un de plus! - de 140 millions d’euros pris sur une dotation de 614 millions «fléchés sur le patrimoine».

Le Centre (CMN) entend, comme le veut l’expression, «faire bon usage» de cet argent tombé du Ciel. C’est là que j’ai commencé à sourciller. Le partage m’a tout de suite paru léonin. «Plus des deux tiers de cette somme sont dévolus au chantier du château de Villers-Cotterêts (Aisne) future Cité internationale de la langue française». Il ne me viendrait pas l’idée de contester ici l’importance de cet énorme bâtiment, voulu par François Ier dès 1528 à la place d’une forteresse médiévale nommée La Malmaison (1). Il ne subsiste en effet pas grand-chose des demeures voulues par ce souverain dépensier. De plus, Villers-Cotterêts a été bien abîmé, puis délaissé. Après avoir passé en 1661 aux Orléans, la bâtisse est devenue un lieu d’incarcération des mendiants et indigents après 1806, puis un asile de vieillards jusqu’à sa fermeture pour cause de vétusté en 2014. Il aura fallu attendre 1997 pour que le site se voit classé, ce qui semble tout de même tard.

Un caprice

Ce qui me gène, c’est que la situation se soit débloquée à la suite d’un caprice d’Emmanuel Macron. En 2018, Jupiter a passé par là. Il a constaté le triste état du château où François Ier avait décidé en 1539 par édit que notre langue deviendrait officielle à la place du latin. Beaucoup de ses sujets ne parlaient pourtant pas un traître mot de français. Ils patoisaient à qui mieux mieux. Pour le président actuel, aucun doute. Villers devait devenir le grand chantier de son règne. C’est là que se trouvera, au milieu de rien, une «Cité de la langue française» vers laquelle convergeront tous les regards. Je vous signale que la bourgade, oubliée de tous, compte à peine 10 000 habitants (2). La chose n’empêchera pas un projet mégalomane. Six cents ouvriers travailleront d’arrache-pied à partir d’avril 2021 pour que la Cité soit inaugurable en mars 2022, soit deux mois avant les élections présidentielles. Avouez qu’il y a là davantage qu’une coïncidence… On comprend vite l’urgence des cent millions, même s’ils vont aller à une bonne cause.

Je vous ai parlé de programme de base. Je vous sers tout cru celui que j’ai trouvé sur le site de «Connaissances des Arts». «Le parcours permanent de la Cité avoisinera les 1200 m² et sera complété par des espaces pour des associations, des start-up et des ateliers d’alphabétisation au rez-de-chaussée, dans le logis royal. Cinq cents mètres carrés seront aussi consacrés à des expositions temporaires et un restaurant ouvrira ses portes, à terme. Le deuxième étage, quant à lui, sera entièrement consacré à la création et permettra d’accueillir des artistes en résidence grâce à son auditorium, ses salles de danse, d’enregistrement et d’écriture.» Tout cela en pleine cambrousse, ou presque. Et la lecture de telles sornettes ne semble étonner personne.

Les restes pour Pierrefonds ou Carcassonne

A propos, où vont passer les quarante millions restants? A la Merveille du Mont Saint-Michel, au château médiéval de Pierrefonds, réinventé par Viollet-le-Duc sous Napoléon III, au château d’If de Marseille, aux fortifications de Carcassonne ou au palais du Tau à Reims. Des édifices autrement plus emblématiques. Mais Villers constitue aujourd’hui LA priorité. Tant mieux pour lui. Je ne connais l’édifice qu’en photos. Emmanuel Macron aurait pu plus mal choisir.

(1) Aucun rapport avec la demeure de l’impératrice Joséphine près de Paris.
(2) Alexandre Dumas est né à Villers-Cotterêts.

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