Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Scandale! Le Portugais José Berardo a gagé trois fois la même collection

Estimé 316 millions par Christies, ce ensemble d'art moderne et contemporain lui a ainsi permis d'obtenir près d'un milliard. Que va-t-il se passer maintenant?

José Berardo, qui a fait fortune en Afrique du Sud.

Crédits: DR

Sale temps en dépit du soleil pour le collectionneur José Manuel Rodrigues Berardo! Les mauvaises affaires de ce milliardaire sont devenues des «affaires» tout court, comme il y en a dans tous les pays. Le Portugal vit ainsi un feuilleton depuis plusieurs mois. J'ai consulté ce qui a paru là-bas en anglais, après avoir lu l'article dans le «Beaux-Arts» du mois de juillet. Trois banques (Caixa Geral de Depósitos, BC, Novo Banco) ont déposé une plainte débouchant sur une action en justice. Sont visés Berardo lui-même et sa multitude de sociétés-écrans. Une véritable pelote de nœuds. L'homme, qui pesait 1,8 milliard de dollars en 2008, posséderait en propre un garage à Funchal, dans les Canaries. Et rien d'autre. Il n'aurait donc aucune dette personnelle. Comment pourrait-il se voir tenu pour responsable elles de ses entreprises?

Berardo, qui a fait fortune en Afrique du Sud en commençant par vendre (en gros, tout de même) des légumes aux mineurs des entreprises publiques, avant de racheter des filons d'or abandonnés et de passer aux diamants et aux banques, a fait très fort. Il a gagé sa collection d'art contemporain auprès des trois banques. La même collection donc, obtenant à chaque fois le maximum. Cet ensemble avait été estimé 316 millions d'euros par Christie's. Le Portugais a ainsi obtenu 912 millions d'euros pour éponger ses passifs et acheter des actions. Un exercice de haute voltige. Ses œuvres de Picasso et Nan Goldin, Francis Bacon et Andy Warhol, Giorgio de Chirico et Bruce Nauman sont présentées depuis 2006 à Belém, dans un bâtiment moderne assez moche jouxtant le célèbre couvent gothique des Jerónimos, qui a survécu au tremblement de terre survenu en 1755. La chose s'est faite grâce à un accord avec le gouvernement d'alors. Un agrément valable jusqu'en 2022.

L'accusé joue aux victimes

Les trois banques entendent bien saisir une partie de ce musée privé depuis 2017. Sans succès jusqu'ici. Aujourd'hui âgé de 75 ans, Berardo se défend comme en beau diable. Il aurait aidé des institutions financières pendant la crise. Une affirmation qui fait bien sûr hurler les Portugais, qui se sont alors serré la ceinture. Comment l'homme peut-il jouer les victimes? «Je suis devenu le bouc émissaire de tous les maux du système portugais.»

Le musée Berardo. A droite, les Jerónimos gothiques. Photo Musée Berardo.

Comment sauver cet ensemble servant de musée d'art moderne et contemporain à Lisbonne? La ville possède certes la Fondation Gulbenkian (privée), un superbe musée d'art ancien (public), un lieu dédié à l'art extra-européen et en autre aux carrosses, parmi d'autres institutions souvent logées de façon très moderne. Mais elle n'a pas vraiment d'endroit pour l'art d'aujourd'hui dans ce pays où le Genevois Pierre Huber en entrouvert il y a quelques années sa Villa Rafaela, aux propositions pointues. Le Portugal a certes déjà racheté une collection bancaire en 2016 en reprenant la BPN. Mais elle ne tourne autour du seul Joan Miró. L'ensemble réuni par José Berardo (900 œuvres), au goût très consensuel puisqu'il y là tout ce qu'il faut posséder aujourd'hui, risque donc de manquer dans le paysage en cas de saisie, puis de dispersion.

Mais l'histoire n'est pas terminée. Ce qu'il y a de bien avec la Justice, c'est que rien ne finit jamais vraiment...



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