Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Salon du livre et toutes les galeries. Genève se multiplie cette fin de semaine.

Trop c'est trop! Outre un Salon éclaté en plus de 40 lieux, il y aura Art en Vieille Ville, Art Carouge et le Quartier des Bains. Le tout restant sous la menace sanitaire!

Natacha Bayard, la nouvelle Madame Salon du Livre.

Crédits: Tribune de Genève

Tiens! Je le croyais mort et enterré! Le Salon du Livre ressuscite du 28 octobre au 1er novembre, comme initialement prévu. Au départ, je n’en savais rien. Ses organisateurs sont restés muets comme des carpes. Puis j’ai vu fleurir des affiches officielles, avec comme il se doit un bouquin ouvert comme image. J’ai aussi remarqué celles de la CICAD, annonçant sa propre programmation. Je veux bien que cette dernière se voue à une noble cause, la lutte contre l’antisémitisme. Mais je trouve cette fois que l’organisation tend à phagocyter une manifestation déjà fragile. Elle se révélait déjà très, très présente dans les dernières éditions au Palexpo.

Si j’avais déjà fait basculer le Salon au royaume des morts, ce n’est pas uniquement à cause de la pandémie actuelle. La dernière mouture, confiée à Laurence Brenner, s’était soldée sur un désastre. Depuis des années déjà, la foire rétrécissait comme une peau de chagrin. Mais là, c’était vraiment devenu un salon de poche (même s’il existe depuis longtemps des livres de poche). La nouvelle directrice avait bien sûr démissionné. Il fallait une nouvelle nomination. J’avoue avoir «zappé» sur celle, fin 2019, de Natacha Bayard, troisième tête féminine consécutive après Isabelle Falconnier et Laurence. Cette dame portait pourtant un nom de maison d’édition! Une bonne chose dans la ville de la prédestination calviniste…

Librairies, musées, hôtels...

Natacha a donc mitonné une édition éclatée. Très éclatée même. Le public va frôler la déflagration à partir de mercredi prochain. Pensez! Plus de 200 événements divers sont prévus dans quelque 40 lieux. «Je suis ravie de travailler avec de nouveaux partenaires culturels», a déclaré à la presse la directrice. Faute d’un Palexpo où il est devenu impossible de rassembler des foules (1), le Salon du livre se déroulera en effet dans des librairies, des hôtels (enfin ceux restant ouverts), des théâtres ou des musées. Vous saurez tout en tapant www.salondulivre.ch Il faudra ensuite construire votre petit programme personnel en tenant compte des distances kilométriques (et pas seulement des «distances sociales»).

Jo Fontaine, sculpteur sur pierre. Photo tirée du site de l'artiste.

Tout cela semblerait déjà surabondant si les dates choisies ne correspondaient pas à celles d’un boulimique week-end d’art, essentiellement contemporain, à Genève. Là les galeristes, qui eux aussi tirent la langue, ont fait très fort. Il y aura à la fois ceux des Bains (je retiendrai surtout là Silvia Bächli chez Skopia et Fabien Mérelle chez Wilde), d’Art en Vieille Ville et de Carouge (avec une priorité pour Jo Fontaine proposé par Marianne Brand). C’est naturellement trop. Et surtout tard. Il eut fallu organiser cette fête quand tout se passait encore à peu près normalement. Avec du soleil si possible. La fin août semblait idéale. Mais c’était aller contre des habitudes bien ancrées. «En août, il n’y a personne à Genève.» Une chose devenue terriblement fausse, surtout cette année… Enfin, regardez www.quartierdesbains.ch , www.avv.ch et www.artcarouge.ch

Epée de Damoclès

Une épée de Damoclès plane bien entendu sur le tout. Où en serons-nous à la fin de la semaine? Le Conseil fédéral doit communiquer ses décisions ce mercredi, alors que la révolte anti-gouvernementale gronde dans les milieux culturels. Tout va-t-il se retrouver bouclé comme en Valais et à Berne sur le plan des théâtres, musées et cinémas? Réponse dans quelques heures, ce genre de «suspense» ne faisant évidemment de bien à personne...

(1) Je viens pourtant de prendre deux trains CFF circulant en «version réduite». Les passagers se voyaient donc implicitement priés de se serrer...

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