Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Saint-Germain-en-Laye marque les 500 ans de la naissance d'Henri II au Château



Le roi est né en 1519 dans le château reconstruit par son père François Ier. Une bonne exposition retrace sa vie dans un lieu magnifique boudé par les visiteurs.

Herni II, portrait anonyme. Le souverain a sur toutes ses effigies un aspect sinistre.

Crédits: Musée archéologique national, Saint-Germain-en-Laye 2019.

Le 31 mars 1519 venait au monde à Saint-Germain-en-Laye le prince Henri, fils de François Ier et de Claude de France. On ne peut pas dire que l'événement ait été salué par les trompettes de la renommée, comme ce sera le cas en 1638 quand le petit Louis XIV naîtra au même endroit, premier fils après vingt ans de mariage de ses parents. Pour le jeune couple royal, cela faisait juste un enfant de plus. Il avait déjà un rejeton mâle, appelé François comme son papa. Tout allait donc bien. Cet Henri ne régnerait jamais. On pouvait du coup lui mitonner plus tard un mariage peu prestigieux, mais extrêmement lucratif avec une Florentine. Que voulez-vous? Les finances étatiques étaient la partie faible du royaume. Elle le resteront d'ailleurs quand Henri deviendra dauphin à la suite prématurée de son aîné à 18 ans, et surtout quand il sera roi en 1547.

Saint-Germain-en-Laye organise aujourd'hui une saison sur Henri II, que les gens âgés connaissent surtout par le meuble pseudo-Renaissance appelé le «buffet Henri II». Cette sorte d'armoire sculptée (notez bien, à la main) trôna dans toutes les salles à manger bourgeoises vers 1900 avant de finir aujourd'hui à la déchetterie. L'homme lui-même reste une sorte d'ombre. Il faut dire que quatre femmes de son entourage lui en ont beaucoup fait, de l'ombre. Sa femme, puis veuve, Catherine de Médicis. Sa maîtresse (de vingt ans son aînée, la cougar n'est pas une invention moderne) Diane de Poitiers. Sa bru Marie Stuart. Et sa fille (Henri et Catherine ont eu dix enfants!) la Reine Margot. Comment exister dans les esprits avec un tel environnement, même si l'on apprend aujourd'hui que l'homme se montra un politique plutôt autoritaire. Un chef de guerre reprenant Calais aux Anglais en 1558. Un catholique intransigeant allumant les Guerres de religion, qui éclateront peu après sa mort. Un administrateur enfin, déjà centralisateur.

Un château très accessible

Tout cela méritait donc bien une exposition, montée avec des moyens plutôt modestes. Saint-Germain-en-Laye a beau former un musée national, comme le Louvre ou Beaubourg. Restauré par Napoléon III (qui pensait au départ le démolir, vu son état de délabrement vers 1850) pour en faire le temple des antiquités nationales, le château peine à attirer plus de 100 000 visiteurs par an. Le lieu est pourtant splendide, doté d'un immense parc et situé dans une banlieue chic. Il se révèle de plus accessible sans problèmes en métro. Le RER s'arrête en face de l'entrée. On ne peut pas dire non plus que son thème général se révèle rébarbatif. La préhistoire est à la mode. L'Antiquité gauloise aussi depuis Uderzo et Gosciny Pensez au parc Astérix, créé en 1989 à Plailly. Difficile de parler cette fois d'élitisme!

L'armure de Henri II dauphin, avec ses croissants de lune. Photo Musée de l'Armée, Paris 2019.

La manifestation occupe un bout de rez-de-chaussée et la chapelle, vestige du bâtiment précédent. François Ier conserva en effet ce chef-d’œuvre gothique du XIIIe siècle quand il entrepris de reconstruire le bâtiment à l'italienne, avec des toits en terrasse en dépit du climat. Le Henri II actuel constitue un parcours à la fois historique et esthétique, ce qui autorise la présence de quelques reproductions. Hilaire Multon, qui a organisé la chose avec le Musée (lui aussi national) de la Renaissance à Ecouen (1), n'en a pas moins privilégié les documents originaux, manuscrits, portraits, armures, documents d'archives. Il a même obtenu du Palazzo Pitti de Florence le prêt des grands portraits en pied de Henri et de Catherine, parée comme une châsse. Le visiteur sent pourtant, avec le décor, que le budget est resté modeste. Il en va toujours de même ici, comme je vous l'ai dit lors du récent hommage à l'archéologue amateur et peintre Louis-Napoléon Lepic.

Portraits multiples

Il y a évidemment dans les salles beaucoup de portraits, ceux de la Renaissance française constituant souvent des multiples. Reproduire une image canonique restait alors la seule manière, avec une gravure balbutiante, de la diffuser. A quelle distance sommes-nous, face à certains dessins et peintures, de l'original de François Clouet artiste de la Cour? Les opinions divergent parfois. Certaines identités posent par ailleurs problème. Comment être sûr que telle ou telle effigie, annotée souvent bien plus tard, représente bien le personnage annoncé? L'essentiel des dessins de ce temps est enfin conservé à Chantilly, qui ne prête par principe jamais rien. Il a fallu se contenter d'autres versions, souvent conservées à la Bibliothèque Nationale.

Roger Moore et Lana Turner dans "Diane" de David Miller, 1959. Photo MGM.

Pour évoquer la cour des Valois, dont le luxe surprenait alors l'Europe même si l'étiquette y restait plus relâchée qu'à Vienne ou à Madrid, il n'y a donc que quelques objets. Je pense à l'armure de Henri dauphin, gravée avec l'emblème de Diane de Poitiers, le croissant de lune. Un prêt du Musée de l'Armée, qui veut aujourd'hui se rendre plus attrayant. L'essentiel demeure pourtant les vestiges permettant de raconter des histoires. Le coup de Jarnac. L'installation des enfants de France à Saint-Germain, transformé en nursery afin d'éviter aux petits les miasmes de la ville. Les déplacements de la Cour, qui se déplaçait sans cesse dans des caravanes pouvant compter 10 000 personnes vivant sur le dos des populations locales. Le tournoi fatal, qui a amené la mort du roi en 1559 .

Au cinéma

Le tout se voit complété dans la chapelle par des extraits de films. Un montage virtuel reconstitue un baptême royal, avec toute sa pompe. Un extrait de «La Princesse de Clèves» avec Marina Vlady montre un bal à la cour de Henri II. Madame de La Fayette avait situé son intrigue au XVIe siècle, alors qu'elle vivait au temps de Louis XIV. Ces temps révolus lui semblaient plus distingués. On aurait pu ajouter une séquence de «Diane», tourné à Hollywood en 1955. Madame de Poitiers avait le visage poudré de Lana Turner et c'était Roger Moore, futur James Bond, qui incarnait Henri II...

(1) Difficile d'accès sans voiture, celui-là!

Pratique

«Henri II, Renaissance à Saint-Germain-en-Laye», place Charles-de-Gaulle, Saint-Germain-en-Laye, jusqu'au 14 juillet. Tél. 00331 39 10 13 00, site www.musee-archeologienationale.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 17h.




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