Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Rumeurs & légendes". Le Musée d'Art moderne de Paris revisite ses collections

En partie fermé pour travaux, l'institution municipale a beaucoup agrandi son fonds ces dernières années. Il fallait le prouver. C'est fait avec un accrochage tournant autour du récit.

L'affiche de l'exposition.L'homme et la panthère.

Crédits: DR

Le Musée d'art moderne a beau se trouver en travaux, un exercice du genre périlleux. Il n'a jamais fermé pour autant. L'établissement dirigé par Fabrice Herrgott trouve même aujourd'hui la place pour proposer «Un nouveau parcours dans les collections», en plus de l'exposition Thomas Houseago dont je parle une case plus haut dans le déroulé de ce blog. L'itinéraire s'appelle «Rumeurs & légendes». Il fallait bien un titre. L'idée restait surtout de présenter au public des pièces récemment entrées dans les collections. Municipal, le musée s'enrichit en effet beaucoup. Il faut dire qu'il s'intéresse à d'autres artistes que Beaubourg, relevant de l'Etat. Si le Centre Pompidou tient de l'autoroute allant d'une avant-garde à la suivante, le Musée d'art moderne aime les chemins de traverse. Il raconte du coup une autre histoire de l'art au XXe siècle. Moins convenue. Une histoire où la France conserverait sa place jusqu'à aujourd'hui, alors que celle-ci devient vraiment congrue à Beaubourg passé 1950.

Le narratif invoqué par la commissaire Hélène Leroy pour «Rumeurs & légendes» ne constitue cependant pas qu'un vain mot. L'accrochage propose même une nouvelle entière de Balzac, racontant les amours (évidemment tragiques) entre un homme et une panthère. Elle se voit illustrée par des tableaux d'Antonio Recalcati, Edouardo Arroyo et Gilles Aillaud, qui ont entrepris ensemble en 1964 une sorte de BD en treize toiles, données anonymement «en hommage à Recalcati». Il donne aussi à voir «des artistes constitutifs de l'histoire du musée», comme Christian Boltanski ou Etienne Martin. De ce dernier, la première salle propose ainsi un bel ensemble, en partie offert par L'Oréal en 2008. Il y a dans le même local quatre grandes toiles d'Eugène Leroy sur le thème des saisons. L'amateur reconnaîtra les fantastiques empâtements de l'artiste, qui n'a fait qu'un passage éclair à Beaubourg lorsque l'Etat a reçu en 2003 une dation de la part des héritiers.

"Figuration narrative"

Autrement, le visiteur retrouvera bien sûr les peintres regroupés par le critique Gérald Gassiot-Talabot sous le nom de «figuration narrative». Ils vont d'Olivier O. Olivier à Bernard Rancillac en passant par Erró et Monory (récemment décédé). Ingénieur agronome passé à l'art, Bernard Dufour fait l'objet d'une mini rétrospective, placée sous le signe du radicalisme politique. Mort en 2011, Dufour a beaucoup donné en 2008 à cette institution plus à même de le mettre en valeur que celle de l'Etat. La fin du parcours déroule le tapis aux contemporains, de Marion Baruch (née en 1929) à Katinka Bock (qui est de 1976). Il y a là beaucoup de femmes, comme le veut l'actuel politiquement correct. Des jeunes aussi. La cadette, Mélanie Matranga, a juste 34 ans.

Pratique

«Rumeurs & Légendes», Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, Paris. L'entrée durant les travaux se fait par le 12-14, quai de New York. Tél. 00331 53 67 40 00, site www.mam.paris.fr Jusqu'au 14 juillet. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu'à 22h.

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