Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Rudy Ricciotti va refaire le Musée des Tissus de Lyon, qui a failli fermer pour de bon

C'est la fin d'une interminable affaire. Après des économie forcenées, de folles dépenses sont prévues. L'institution les mérite certes, mais...

Le projet vu de haut.

Crédits: Bureau Rudy Ricciotti.

Tiens! Voilà des nouvelles. Un entrefilet dans «Beaux-Arts Magazine» de mars précise que le Musée des Tissus de Lyon, «fermé depuis deux ans» (1), va se refaire une beauté. Un énorme projet est aujourd’hui à l’étude. Primé sur concours, le projet de Rudy Ricciotti l’a emporté. Il y aura une étude de faisabilité de quinze mois. Les travaux proprement dits pourront ensuite commencer. Leur durée ne se voit pas précisée. On a cependant une idée des coûts. Entre 50 et 60 millions d’euros. Espérons qu’ils ne prendront pas ici l’ascenseur, comme au Musée des Confluences de la même ville. Le budget avait alors été… plus que quintuplé.

Que va faire pour ce prix Ricciotti, l’homme du MUCEM de Marseille? Tout d’abord rénover deux bâtiments historiques de la rue de la Charité, le second ayant jusqu’ici conservé les arts décoratifs. L’un de ces deux hôtels particuliers reste l’une des premières créations de Jacques-Germain Soufflot, le futur auteur du Panthéon parisien. Il y aura également un nouvel édifice dans la cour, pourtant historique elle aussi. Le but est d’avoir à l’arrivée 2000 mètres carrés d’espaces d’exposition. Le désormais inévitable "geste architectural" est prévu. Il consistera en un voile de ventelles (et non de dentelles!) en béton de fibres à ultra hautes performances. Le matériau de prédilection de Ricciotti, à ce qu’il paraît. Sans doute veut-on montrer de la sorte que l’apparence textile n’appartient pas au passé, même à Lyon.

Travaux bien utiles?

Tout cela permettrait de sourire si la chose ne masquait pas un drame et des inquiétudes par rapport à l’avenir. Fondé en 1864, le Musée des Tissus est une très vieille institution. J’en ai connu une version vétuste, aujourd’hui disparue. L’intérieur a fait peau neuve, sauf erreur au moment de la direction de Guy Blazy. Cet aménagement quadragénaire me semblait particulièrement heureux. Il demeurait en excellent état. Mais il faut aujourd’hui tout bouleverser afin de rendre l’institution plus jeune, plus ludique, plus interactive et sans doute plus connectée. Aux normes, quoi! Le Musée des Tissus, avec ses 2 500 000 spécimens de textiles reste pourtant un lieu unique en France, et sans doute dans le monde.

Le drame, lui, a éclaté en 2014. Ponctionnée par un Etat phagocyteur, la Chambre de Commerce et d’Industrie, propriétaire, a déclaré alors ne plus avoir les moyens d’entretenir ce lieu. A commencé une chasse à l’argent invraisemblable. Chaque billet de dix euros gagné semblait une aubaine. Engagé en 2011, le directeur Maximilien Durand, aux compétences reconnues, se voyait renvoyé en 2017 comme un malpropre faute de pouvoir lui verser son maigre salaire. Un homme du CCI prenait l’intérim. Puis le miracle est arrivé. La Région est venue à la rescousse, après qu’on a parlé de verser les collections au Musée des arts décoratifs parisien. Une nouvelle directrice s’est vue désignée. J’ai nommé Esclarmonde Monteil, au nom admirable.

Un lieu identitaire

Et voilà que maintenant qu’après des vaches maigres scandaleuses, on en arrive à des dépenses qui ne le sont pas moins. Cinquante ou soixante millions, c’est énorme pour la France. Comment peut-on passer à une telle somme, après avoir limé sur tout et failli laisser fermer à Lyon un musée pour le moins identitaire. Lyon! La soie! Les canuts! Tout de même! Il y a des jours où les bras m’en tombent, comme si j’étais la Vénus de Milo.

(1) C’est faux! J’y suis allé en 2020. Je vous avais alors parlé de la magnifique rétrospective Vivienne Westwood.

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