Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Roselyne Bachelot devient ministre de la Culture en France à la place de Frank Riester

C'est la sixième fois que la septuagénaire reçoit un portefeuille. La culture succède pour elle à la santé, aux sports ou à la cohésion sociale. Le poste actuel est à risques.

Roselyne Bachelot après sa nomination.

Crédits: Fred Dufour, AFP.

Ah bon! Le bruit courait depuis quelques heures. Mais il semblait extravagant. Roselyne Bachelot serait nommée ministre de la Culture en remplacement de Frank Riester, en place depuis 2018. On voit mal pourquoi elle, même s’il s’agit depuis son éducation chez les sœurs de Nevers d’une excellente musicienne. A 73 ans, ce qui en fait une personne à risques, Roselyne aura en effet été bonne à tout faire comme ministre sous Chirac ou Sarkozy. On l’aura connue à «l’environnement, l’écologie et le développement durale». La dame s’est occupée de «santé et de sports». Elle aura aussi passé par «les solidarités et la cohésion sociale». La preuve qu’on devient polyvalent(e) après être une première fois arrivé(e) au sommet. La culture pouvait aussi bien sembler faite pour elle que l’agriculture.

C’est pourtant arrivé! L’ancienne pharmacienne a bel et bien hérité de la culture, le transparent Frank Riester devenant mystérieusement «ministre au commerce extérieur et à l’attractivité» de Jean Castex. Un casse-tête pour les observateurs. Ce ne sera pourtant pas une sinécure pour cette vétérante de la scène politique. Le théâtre, la musique, l’opéra ou la danse vivent aujourd’hui des moments économiquement difficiles. Le patrimoine, cet éternel oublié, se porte mal. Le cinéma doit se repenser. Le livre est en danger. La culture englobe de plus aujourd’hui tout et n’importe quoi. La mode. Les jeux vidéo. La bande dessinée. Le rap. Les tags. La TV. Voilà qui suffit à créer sans cesse des mécontents. Un des prédécesseurs de Roselyne, Jacques Duhamel (en poste entre1971 et 1973) disait du reste que les cultureux avaient toujours "une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre". La formule avait fait boum à l’époque.

La galerie des oubliés

Il faut dire que comme la Constitution de la Ve République était taillée sur mesure en 1958 pour le général de Gaulle, le ministère alors nouveau de la Culture semblait conçu pour André Malraux. Ce dernier avait beau être à l’époque soit bourré soit «shooté», il demeurait quand même une pointure. Depuis, les ministres se sont succédé dans son fauteuil, à raison d’environ un tous les deux ans. La plupart ont été oubliés. Même Françoise Giroud a fait chou blanc dans ce rôle de composition dont elle avait tiré par la suite un méchant livre, «La comédie du pouvoir». Si je passe aux temps modernes, qui se souvient des trois nominations de François Hollande, Aurélie Filippetti, Fleur Pellerin et Audrey Azoulay (passée depuis à la tête de l’Unesco pour le plus grand malheur de cette dernière)? Emmanuel Macron avait commencé par désigner François Nyssen. L’éditrice suscitait de grands espoirs, qui se sont vite vus douchés. Puis est venu Frank Riester…

Il faut bien sûr toujours formuler des souhaits. Roselyne Bachelot passe pour une femme de poigne. Mais elle n’a pas l’étoffe d’un Jack Lang dans un poste où même le brillant Frédéric Mitterrand n’est pas parvenu à s’imposer. Bonne chance!

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