Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Rosa Turetsky expose Alexia Turlin dans sa galerie genevoise. "L'art c'est la vie bordel"

L'artiste genevoise, qui guide également en montagne, présente à la fois des phrases choc et des peintures aux tons pastels évoquant des Alpes en train de fondre.

L'art de l'inscription.

Crédits: Alexia Turlin, photo communiquée par la galerie Rosa Turetsky, Genève 2020.

Fin octobre, le public pouvait la voir peindre des sommets alpins dans la Grande-Rue. Des cimes traitées tout en délicatesse. Alexia Turlin préparait son exposition chez Rosa Turetsky. On sait que la galeriste prévoit toujours une seule grosse pièce dans son minuscule rez-de-chaussée, le gros de ses accrochages se trouvant dans deux caves voûtées de la Vieille Ville. Il lui faut donc du spectaculaire donnant au public l’envie d’entrer, puis de descendre. Il peut s’agir d’une œuvre pérenne, difficile à caser dans un appartement actuel. Mais plusieurs artistes invités ont préféré l’idée, aujourd’hui devenue rare, d’une pièce disparaissant à la fin de la manifestation. Une opinion partagée. On se souvient que dans son époque carougeoise, Joy de Rouvre confiait une immense paroi à des artistes qui exécutaient un «mural» éphémère.

La pièce d’Alexia aurait tout aussi bien pu se révéler l’inscription qui a fini au sous-sol. Mais non! «L’art c’est la vie bordel» a pourtant donné son titre à l’exposition, le site d’Alexia ayant d’abord prévu «Non ne veut pas dire jamais», ce qui eut fait mauvaise impression en notre période de #metoo. Un artisan romand a forgé cette phrase dans du fer. Il a fallu l’arrimer au mur du fond de la galerie, en bas. Elle se retrouve du coup avec d’autres sentences d’Alexia ornant elles des miroirs. C’est la partie lettriste d’une présentation par ailleurs tournée autour de la montagne. Un choix logique. L’artiste, qui se partage entre Genève et le Valais, est devenue à 47 ans aspirante accompagnatrice en altitude. D’où une inspiration lui faisant créer des vues alpestres en grande partie imaginaires, où la neige se fait rare et où les glaciers fondent. Une attitude à la fois écologique et esthétique. Une sorte de pragmatique d’un beau aujourd’hui menacé.

Une année bien remplie

Formée à Lyon, à la HEAD genevoise et à l’ECAV valaisan, Alexia Turlin aura été très présente cette année. Le public l’aura vue à Penthes, au Boléro de Versoix, à Sierre et dans cet EEEH de Nyon, dont je viens de découvrir l’existence. Rosa Turetsky, qui l’avait déjà montrée trois fois dont deux dans le cadre d’Artgenève, la présente cette fois en solo. Inutile de préciser qu’elle y croit! Il n’y a pas plus enthousiaste que la marchande genevoise. Si elle connaît parfois des instants de découragement, ce n’est pas par rapport à ses artistes mais en pensant à l’avenir des galeries indépendantes. Rosa, qui ne manque pas d’humour, propose en prime pour Alexia une édition qui ne coûtera rien à ses visiteurs. Cadeau! Une dernière inscription se trouve inscrite sur des sachets de sucre. Logique dans le fond. Comme les Alpes, le sucre ça fond.

Pratique

«Alexia Turlin», galerie Rosa Turetsky, 25, Grand-Rue, Genève, jusqu’au 12 décembre. Tél. 079 425 87 46, site www.rosaturetsky.com Galerie officiellement fermée. Visite sur rendez-vous. Mail galerie@rosaturetsky.com 

 

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