Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Ronald Lauder donne ses armures au "Met" de New-York. Un geste politique

Le milliardaire était un proche de Donald Trump, ce qui l'a mis en délicatesse avec la firme fondée par sa mère. C'est autrement un véritable amateur d'art.

Une armure exécutée pour un duc Friedrich Ullrich von Braunschweig-Lüneburg à la fin du XVIe siècle.

Crédits: DR.

C’était le cadeau de Noël. Le 9 décembre, Ronald Lauder a annoncé sa donation au Metropolitan Museum de New York (Met) de 91 armures complètes ou partielles. Il s’agit là de l’essentiel d’une de ses collections, entamée en 1976. L’institution new-yorkais n’avait pas été à une telle fête dans ce domaine depuis 1942. Elle a du coup décidé (mais est-ce tout à fait spontané?) de renommer le département en question «Ronald S. Lauder Galleries of Arms and Armours».

L'héritier industriel (qui pèserait les quatre milliards de dollars lui restant de l’héritage de sa mère, la reine des cosmétiques Estée Lauder) a par ailleurs promis «un soutien important» au musée. C’est sans doute là le plus important pour ce dernier après ses phénoménales pertes de 2020. Privé, le Met aurait ainsi connu un manque à gagner de 150 millions de dollars. Les mécènes se montrent en général plus prompts à donner des œuvres ou à participer à des constructions qu’à payer des salaires. Il reste plus glorieux d’aider un ensemble de peintures à s’enrichir qu’à contribuer à l’entretien des toilettes…

Un ensemble hors modes

C’est donc en 1976 que Ronald Lauder, alors âgé de 32 ans, a commencé sa collection d’armures. Il s’en trouvait alors davantage sur le marché qu’aujourd’hui. L’Américain ne s’intéressait qu’au plus prestigieux. Il va d’une rarissime armure médicéenne ayant survécu à la disparition, par désintérêt, de l’arsenal florentin aux XIXe siècle à une autre de tournoi sortant des ateliers de Greenwich près de Londres. Il n’a ainsi acquis que des pièces exceptionnelles, en contradiction avec le goût moderniste de ses contemporains. Son frère aîné Leonard se concentrait alors sur la peinture cubiste, qu’il a également fini par donner au Met en 2013. Mais soyons justes! Ronald est aussi le plus grand amateur d’œuvres de la Sécession viennoise. Il a ainsi créé à New York la Neue Galerie, où brille le «Portrait d’Adele Bloch-Bauer» acheté 135 millions de dollars en 2006 (1). On connaît l’histoire de la spoliation du tableau par les nazis en 1938 et de la restitution à l’héritière Maria Altmann. Elle a fait l’objet d’un livre puis d’un film, où Ronald se voyait incarné par un acteur nettement plus avenant sur le plan physique que ne l’est le collectionneur.

Ronald Lauder. Photo DR.

Pourquoi cette donation? Pour quelles raisons maintenant? Les spéculations vont bon train. La plus évidente est que Lauder est un ami et un soutien indéfectible de Donald Trump. En juin dernier, la chose lui a du reste valu, selon Bloomsberg, une fronde des employés de Lauder. Ils avaient exigé sa démission du Conseil d’administration. Il serait donc temps pour l’homme, fervent Républicain depuis le temps de Ronald Reagan, d’opérer une transition en douceur. Ce ne serait pas la première. Sur le plan politique, après avoir été un proche du Likoud et de Benyamin Netanyahu, il s’en était distancé à propos des Palestiniens. Côté beaux-arts, avant de se mettre dans les bons papiers du Met, Lauder a été «chairman» du Museum of Modern Art de 1995 à 2005.

Président du Congrès juif mondial

Il faut dire que l’homme joue un rôle politique et moral crucial en tant que patron du Congrès Juif mondial depuis 2007. Un rôle qui lui fait prendre des positions favorables à Israël, mais que l’homme veut sans jusqu’au boutisme. Ronald se présente également comme un fer de lance des restitutions aux familles spoliées, ce qui lui a permis d’acheter le Klimt. Mais il s’est fait piéger. Dans un article vite disparu de Net, des journalistes racontaient comment ils avaient demandé l’origine et les provenances des œuvres appartenant à la Neue Galerie. Le musée privé n’avait pas toujours su leur répondre.

(1) La Neue Galerie a proposé une rétrospective Ferdinand Hodler en 2012.

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