Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Roi du portrait peint hyperréaliste, l'Américain Chuck Close est mort à 81 ans

Paralysé des deux jambes après une attaque en 1988, il a produit jusqu'au bout dans une technique très traditionnelle. Son succès public ne s'est jamais démenti.

Des spectateurs devant un autoportrait de Chuck Close.

Crédits: Joelle Readleaf, AFP.

Ce n’était pas vraiment une superstar de l’art contemporain. Le public voit peu de ses toiles dans les collections publiques européennes. Chuck Close est mort le 19 août, alors que Pace propose chez un confrère moscovite une importante exposition de ses œuvres. Roi de l’hyperréalisme, un courant qui a marqué la peinture américaine des années 1970, Close reste avant tout connu pour ses portraits réalisés en très grand format. Toujours cette emphase américaine, avec le besoin d’affirmation qu’elle suppose! Certaines de ces œuvres se distinguent à peine d’une photographique bien tirée. D’autres sont comme pixelisées. C’est avec le recul que l’image proposée se recompose. Voilà qui suppose bien sûr d’immenses salles d’exposition…

Charles Close, dit Chuck, était né en 1940 à Monroe (comme Marilyn) dans l’État de Washington. Il souffrait au départ des difficultés physiques liées à l’apprentissage. L’enfant ne parvenait pas à différencier les visages humains. D’où l’énorme effort accompli plus tard afin de ne plus se consacrer qu’à l’étude des seules faces. Mais il lui aura fallu du temps pour cela! Après ses études, effectuées notamment à Yale, le débutant a commencé par l’expressionnisme abstrait. ce style restait à la mode avec de grands aînés comme Willem de Kooning. Chuck faisait du coup partie des suiveurs, alors que l’art moderne restait encore basé sur l’idée d’innovation permanente. C’est à la fin des années 1960 seulement que Close a mis sa technique au point. Elle était basée sur un métier tout à fait traditionnel. Voilà qui changeait du minimalisme ambiant.

Succès immédiat

Le succès s’est dès lors révélé rapide. Les galeries, puis très vite les plus grands musées du pays. Tout le monde a voulu présenter ces immenses visages frontaux, qui ont retrouvé la couleur après un passage au noir et blanc, comme le restait majoritairement la photo de l’époque. Ce chromatisme résultait d’une superposition des trois tons primaires (le jaune, le rouge et le bleu). Le résultat formait en général des points, ou plutôt des petit carrés, que Close plaçait dans des grilles à la manière des pixels. On comprend que l’homme se soit senti par la suite attiré vers des médias comme les tapisseries ou les mosaïques. Il devait créer sous forme de tesselles plusieurs de ces dernières pour le métro de New York. Close a ainsi portraituré des inconnus, désignés par leur seul prénom (Linda, Robert, Georgia…) comme des célébrités. Bill Clinton s’est glissé entre Cindy Sherman ou le peintre Alex Katz. L’artiste lui-même ne s’est pas oublié. Il existe de nombreux autoportraits de Close aux différents âges de sa vie.

L'artiste au travail. Début des années 1980. Photo BBC.

En 1988, à 48 ans seulement, Chuck subit malheureusement une attaque cérébrale. Elle le laisse paralysé des deux jambes. On ne le verra dès lors plus que sur une chaise à roulettes. Il continue cependant de travailler à un rythme soutenu. Le succès se révèle durable, alors que la nouveauté est passée. Aux expositions succèdent ainsi les rétrospectives, toujours organisées dans des institutions bien connues aux Etats-Unis. Tout semble bien aller. Or voilà qu’en 2017, une femme l’accuse de lui avoir demandé, lors d’une visite d’atelier, de se déshabiller et lui avoir fait des commentaires explicites. Dans les années 1980 encore, nul ne se serait ému. On restait ici dans l’anodin. Ni viol, ni violence. Mais vous savez comment il en va aujourd’hui, où une autre plaignante vient d’accuser Bob Dylan d’avoir eu envers elle une conduite inappropriée… en 1967. L’Amérique est la terre de tous les délires, hélas contagieux jusqu’en Europe. Courageuse mais pas téméraire, la National Gallery de Washington a donc annulé l’exposition Close prévue en 2018.

Le creux de la vague

Je ne sais où était l’affaire ces derniers jours, mais on ne peut tout de même pas empêcher l'homme d’avoir marqué, avec son art clinique et froid, la scène américaine des années post-pop. Et cela même si l’hyperréalisme, qui va des architectures de Richard Estes aux carrosseries automobiles de Don Eddy en passant par les personnages moulés par Duane Hanson, a aujourd’hui du plomb dans l’aile… L'éclipse. Il reviendra sans doute un jour sur le devant de la scène. Tout est affaire de modes, de démodes et de remodes.

Autoportrait, 1968. Photo Succession Chuck Close, Pace Gallery.

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