Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Rock Me Baby" passe du côté de l'art contemporain au CACY d'Yverdon-les-Bains

La machine à écrire peut inspirer des jeunes artistes qui ne s'en sont sans doute jamais servi. Une exposition en propose 18 exemples en complément au volet historique.

L'oeuvre de Miriam Laura Leonardi.

Crédits: 24 Heures

Le Centre d’art contemporain d’Yverdon (CACY) poursuit sa trajectoire. Il n’est plus dirigé par sa fondatrice Karine Tissot, mais par Rolando Bassetti. C’est là que se trouve logiquement, au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Ville, la partie esthétique et conceptuelle de «Rock Me Baby» (dont je vous parle dans l’article situé immédiatement après celui-ci dans le déroulé de cette chronique). De quelle manière les artistes, surtout jeunes, peuvent-ils réagir face à un outil devenu aussi obsolète que la machine à écrire? Un instrument dont nombre dans eux ne se sont sans doute jamais servi, même si le clavier de l’ordinateur se révèle finalement assez peu différent.

Réaliste ou allusif

Dix-huit plasticiens participent à l’aventure dans une présentation pour le moins aérée. Ils vont de l’octogénaire Ruth Wolf-Rehfeldt, qui fait figure d’ancêtre avec ses dactylographies originales des années 1970, à Loreen Fristch. Cette dernière est de 1989, l’année de la disparition de l’usine Paillard aujourd’hui célébré par Yverdon. Les manières de s’emparer de l’objet se révèlent du coup très différentes. Qu’y a-t-il de commun entre l’antique machine qui tressaute sur un socle de mousse jaune grâce à l’imagination de Hervé Graumann et les mille petits bonshommes tapés entre juillet et août 2020 sur un leporello par Claude Cortinovis en «Punition»? Comment relier le dessin hyper-réaliste au stylo de Daniel Ruggiero, avec le logo d’Hermès, et l’énorme toile apparemment abstraite où Frédéric Clot a peint «Des traces et des signaux»? L’objet apparaît tantôt sous une forme réaliste, tantôt de manière allusive. J’ai ainsi beaucoup aimé la machine faite d’un tulle de nylon par la Canadienne Jannick Deslauriers.

Un peu austère tout de même, l’exposition du CACY peut bien sûr laisser sur sa faim. Le contemporain prend vite un côté anorexique. Disons que l’accrochage pousse la machine à écrire du côté des idées. Il n’y a pas place ici pour la nostalgie. Voyons de l’avant! Soyons justes. Le souvenir a eu largement sa place au Château. On ne peut pas toujours regarder dans le rétroviseur.

Pratique

«Rock Me Baby», Centre d’art contemporain (CACY), place Pestalozzi, Yverdon-les-Bains, jusqu’au 23 décembre. Tél. 024 423 63 80, site www.centre-art-yverdon.cj Ouvert du mercredi au dimanche de 12h à 18h.

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