Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Robert Hossein est mort à 93 ans. Il aimait les mises en scène à grand spectacle

Le cinéaste et homme de théâtre a succombé au Coronavirus. Il avait débuté très jeune comme acteur avant de créer d'énormes machines autour de Jésus ou de De Gaulle.

Robert Hossein vers 2005.

Crédits: Photos Harcourt.

Co-ro-na-vi-rus! Je vous avais dit hier que l’année se terminait rituellement avec un mort nonagénaire, et bien entendu célèbre. Je vous parlais alors de Pierre Cardin. Eh bien Robert Hossein aura aussi disparu entre Noël et Nouvel-An, le 31 décembre! Il avait eu 93 ans la veille, le 30. Le metteur en scène, auteur, acteur et directeur de théâtre aura ainsi fait partie des rares victimes vraiment illustres de la pandémie en 2020. Un dernier coup d’éclat, cette fois funèbre, dans une carrière qui en aura compté beaucoup. Hossein a toujours fait partie des tonitruants du spectacle. Ceux que les Italiens appellent des «trombones». Les Russes, je ne sais pas. Ils doivent bien avoir un nom pour cela. La composante slave n’aura en effet pas peu servi chez cet homme un brin mégalomane, qui aura flirté au cours de sa longue carrière avec Raspoutine, le Potemkine et Dostoïevski.

L'affiche de "Les voyous" en 1949. La première aventure théâtrale de Robert Hossein, âgé de 21 ans. Photo DR.

Abraham Hosseinoff était né à Paris en 1927. Parents émigrés, mais dépareillés. Le père est un zoroastrien venu de Samarcande. La mère, une Juive originaire de Bessarabie. Ils n’ont pas un sou. Le futur Robert ne pourra jamais faire les études dont il rêvait. Il restera toujours honteux de rester autodidacte, alors qu’il s’agit à mon avis souvent d’un titre de gloire. A la Libération, l’adolescent traîne dans le Saint-Germain-des-Prés existentialiste. Il y a là de quoi devenir acteur. Hossein tout court (il a raccourci son patronyme) débute simultanément au cinéma et sur les planches. Mieux! Il peut très vite assurer sa première pièce au vénérable Théâtre du Vieux-Colombier. Quand il y joue «Les Voyous», il a 21 ans. Tout ira très vite par la suite. Son premier film, il le dirigera en 1955 à 27 ans (n’oubliez pas qu’il est né un 30 décembre!). C’est «Les salauds vont en enfer». Une adaptation d’une pièce du Grand-Guignol. Du Frédéric Dard…

"Crime et châtiment" en version moderne, avec Marina Vlady. Un film de Georges Lampin. Photo DR.

Hossein a effectivement très vite fait une rencontre capitale. C’est celle de Frédéric Dard. Pas celui des San-Antonio, qui existent pourtant déjà à l’époque. Celui des romans très noirs. Dard sert un peu de père pour Hossein, même s’il ne compte que six ans de plus que lui. Il en ira ainsi jusqu’au décès de l’écrivain en 2000. Je me souviens ainsi d’une de leur créations communes en 1977. C’était «Pas d’orchidées pour Miss Blandish» à La Comédie de Genève, d’après James Hadley Chase. Un somptueux spectacle où jouait Candice Patou, la quatrième Madame Hossein. Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment, Hossein va épouser Marina Vlady, née dans une famille Russe blanche orthodoxe. Même si elle tourne depuis six ans, cette blonde n’en compte que 17. Longtemps, Hossein gardera le goût des très jeunes filles. Il épousera en 1962 Caroline Eliacheff, la fille de Françoise Giroud. Elle a 15 ans... depuis deux jours. C’est l’actuelle grande pédopsychiatre, mariée au producteur (et collectionneur) Marin Karmitz.

Robert Hossein dans "Toi, le venin" d'après Frédéric Dard. Photo DR.

Quittons maintenant le carnet rose pour revenir à l’œuvre. Hossein, qui aura dirigé quinze longs-métrages entre 1955 et 1966 (dont le meilleur reste sans doute «Le Vampire de Düsseldorf» en 1965, avec la juvénile Marie-France Pisier), se fait surtout connaître comme acteur de cinéma dans les années 1960. L’époque s’y prête. Elle n’est plus depuis Jean-Paul Belmondo ou Laurent Terzieff, aux beaux garçons lisses comme des savonnettes. Les spectateurs veulent maintenant des gueules sinon cassées, du moins cabossées. Hossein tourne avec un autre Russe, Roger Vadim, puis tout ce qui compte dans le cinéma commercial français. Peu d’escapades à l’étranger, la plus notable demeurant «Mademoiselle de Maupin» de Mauro Bolognini. C’est ainsi que Robert trouve en 1965 le rôle qui lui collera à la peau. Jeoffroy de Peyrac, le balafré, dans «La marquise des anges». Il le jouera jusque dans les années 1990 sur scène. L'éternel retour!

Robert Hossein et Brigitte Bardot dans "Le repos du guerrier" de Roger Vadim. Photo DR.

La saga est tirée de romans d’Anne et Serge Golon. Deux Français qui se sont mis dans les rails posés par la Margaret Mitchell d’«Autant en emporte le vent» ou la Kathleen Windsor d’«Ambre». Situés sous Louis XIV, les livres sont d’excellente facture. Par rapport à eux, les films avec en vedette Michèle Mercier, tiennent un peu du sous-produit. Des budgets de second ordre, et un réalisateur (Bernard Borderie) franchement de troisième rang. Mais le succès public se révèle phénoménal de Calais à Marseille. Hossein, qui en a un peu assez à la longue, passe aux planches. Il reprend à Reims le Théâtre Populaire, dont il fait une référence francophone. Bonne programmation. Acteurs célèbres ou en passe de le devenir, dont Isabelle Adjani. L’aventure dure de 1970 à 1976. Hossein, qui voit toujours plus grand, finit par s’en aller. Il lui faut désormais des superproductions.

Hossein en Jeoffroy de Peyrac dans "La marquise des anges". Photo DR.

Une scène classique lui semble maintenant insuffisante. Trop petite. Trop étriquée. C’est le palais des Sports qui accueille des noubas de plus en plus énormes, avec des centaines de figurants. Tout y passe à partir de 1976. La révolte du Potemkine. «Notre-Dame de Paris». «Les Misérables», pour une comédie musicale qui fera ensuite le tour du monde. Marie-Antoinette, dont des spectateurs-jurés décident le sort au moment de la Révolution (ce sera en général l’exil). De Gaulle. Ben-Hur au Stade de France, avec biens sûr des chevaux. Jean-Paul II. Il faut dire que Robert Hossein a fait vers 1980 son «coming out» religieux. Il s’est converti au catholicisme militant, avec une dévotion tout particulière pour sainte Thérèse de Lisieux, alors que son fils né de Caroline (il a en tout quatre enfants) devient rabbin intégriste à Lille… Hossein ira jusqu’à mettre en spectacle la Vierge Marie. Les spectateurs (700 000 pour «Un homme nommé Jésus» en 1991) n’auront échappé qu’à Dieu lui-même, resté sur son nuage avec sa barbe blanche.

Robert Hossein en carte postale. Allemande qui plus est. Nous sommes à la fin des années 1950. Photo DR.

Le succès de ces «méga-shows», conçus par celui que Michèle Mercier qualifiait d’égotiste total, a fini par s’épuiser. La lassitude. Et puis les goûts ont changé. L’homme a aussi vieilli. Assez vite physiquement, plus lentement sur le plan énergétique. Le temps de la retraite se révèle toujours difficile pour un suractif. Le mot «Fin» fait peur aux gens du spectacle. Un rideau leur semble davantage fait pour s’ouvrir que se refermer. Depuis le 31 décembre, c’est néanmoins chose faite. Il ne reste plus pour défendre Hossein que l’œuvre, finalement très daté. Mais peut-on ainsi abandonner Jésus, Marie et Jean-Paul II au Purgatoire?

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