Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Ribordy Thétaz s'installe aux Pâquis. La géographie artistique change à Genève!

La galerie était mal placée aux Bains. Ils se démodent, comme Carouge. Le nouvel espace se révèle immense. Tout blanc, bien sûr. Et ultra-contemporain bien entendu.

Laetitia Thétaz et Stéphane Ribordy.

Crédits: Tribune de Genève

Genève bouge. Ou plutôt il (ou elle) se déplace. Au fil des décennies, les quartiers suivent des modes, ce qui les fait changer d'affectations. En ce moment, Carouge et les Bains se retrouvent ainsi en panne, après avoir monopolisé les regards. Avec les dégâts que cela suppose. Je sais qu'il reste de bon ton pour la presse complaisante du luxe de s'extasier quand un quartier se gentrifie, mais je ne changerai pas d'avis. Il me désole de voir transformer des rues populaires en ghettos bobos. C'est ce qui est arrivé à Carouge. C'est ce qui va se passer avec les Pâquis. La rue de Monthoux en constitue le symptôme, même si c'est rue de Fribourg que vient d'ouvrir un quatre étoiles. En face de Genève Enchères a poussé un affreux immeuble aux appartements hors de prix. Les magasins chics s'y implantent, chassant les dames de petite vertu. Depuis quelques semaines, Ribordy Thétaz y remplace aussi un garage. On a pourtant davantage besoin de ces derniers que d'une galerie.

Ribordy Thétaz? Vous avez connu l'espace de Stéphane Ribordy au boulevard d'Yvoy. Sans doute l'artère la plus triste de Genève, mal éclairée et sans magasins. L'homme, au nom de régie immobilière, y a tenu contre vents et marées pendant des années. Il faut dire qu'il chapeautait parallèlement l'Association des Bains, aux membres toujours moins nombreux. Il y a quatre ans, il s'est associé avec Laetitia Thétaz. Une alliance aussi bien artistique que financière. Nous ne sommes pas ici dans le monde des espaces pauvres, même s'il reste bienvenu de jouer en permanence dans ce milieu puritain l'air de la misère, comme le ferait Mimi dans «La Bohème» de Puccini.

Un ancien garage

Les Bains prenant l'eau et les galeries s'installant aujourd'hui n'importe où, comme Pace au quai des Bergues, les Ribordy Thétaz ont donc décidé de se faire voir ailleurs. Aux Pâquis donc. Ils n'étaient pas les seuls à convoiter cet espace de 350 mètres carrés, alors que Genève regorge d'arcades vides. Sébastien Bertrand a en effet depuis longtemps tiré le maximum d'un ancien garage (de bateaux, cette fois) rue du Simplon aux Eaux-Vives. Le lieu pâquisard a été transformé. Il s'agit aujourd'hui d'un local tout blanc, comme le veut l'art contemporain. Un univers où les gens se révèlent souvent très conformistes. Il y a des coins et des recoins, dont un pour les réserves et un autre pour le bureau (et un troisième pour le WC, en cas d'urgence). Des colonnes s'élèvent un peu partout. Elles soutiennent le toit, d'où des verrières dispensent un bel éclairage naturel.

"Yellow Pane", 2018 de Trudy Benson. Photo Trudy Benson fournie par Ribordy Thétaz, Genève 2019.

Pour l'exposition inaugurale, intitulée «Rise» ce qui suggère une ascension, il y a en tout 25 œuvres d'artistes divers (Zak Kitnick, Ryan Foerster, Trudy Benson...). Beaucoup de place se voit donc laissée vide, ce qui laisse supposer que peintures et objets coûtent cher. Nous sommes dans un lieu voué au XXIe siècle, années 2010. L'année où a été produit le «Sliver» de Viktot Kopp, qui représente des carrés de chocolat. C'est tantôt austère, tantôt pop. Mais avec une conscience tout de même! Marco Pariani a intitulé son acrylique, «Love for Animals, but Please no Immigrants in my Town» Un machin de deux mètres cinquante sur deux mètres. Ici, on voit grand en tout. Il faut de la place et des parquets solides pour accueillir «TBT» de Pierre Vadi. Une sculpture en résine, fibre de verre et béton tenant un peu du meuble. La suite en avril!

Pratique

«Rise», galerie Ribordy Thétaz, 12, rue de Monthoux, Genève, jusqu'au 23 mars. Tél. 022 321 75 63, site www.ribordythetaz.com Ouvert du mardi au vendredi de 11 à 18h, le samedi de 14h à 17h.

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