Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Restitution. Un primitif italien vient de faire l'objet d'une honnête transaction à Turin

Gustav Arens avait été spolié en 1942. Sa petite-fille a retrouvé un tableau à la Fondazione Cerruti, qui vient d'ouvrir. Elle recevra une compensation. Accord parfait.

La partie haute du Sellaio, peint entre 1480 et 1485.

Crédits: DR.

Toutes les affaires de restitution ne se passent pas au tribunal, avec des avocats américains à la mâchoire de requins et des héritiers au trente-deuxième degré n’ayant jamais entendu auparavant le nom de leur ancien parent, comme la chose peut se voir avec le droit germanique. Ce dernier permet d’être à l’infini un possible ayant-droit d’une succession, ce qui n’est pas le cas en Suisse où l’État rafle vite tout, faute d’un testament. Il n’y a pas non plus eu ici la revente à grand spectacle, en versant des larmes de crocodile, chez Sotheby’s ou Christie’s. La chose s’est passée en Italie avec tout la dignité que ce genre de cas devrait conserver.

Nous sommes à Turin, ou plutôt dans ses environs. Le Castello di Rivoli, temple de l’art contemporain, détient comme je vous plusieurs fois expliqué la collection formée par feu Francesco Federico Cerruti. Un magnat du bottin de téléphone qui habitait juste à côté. Le musée annexe a ainsi pu ouvrir à grand fracas en 2019 avec la bénédiction de la directrice Carolyn Christov-Bakargiev, qui a trouvé l’idée piquante. Il faut dire qu’il s’agit là d’un fantastique ensemble allant du XIIIe au XXe siècle avec plein de noms connus.

Accord direct

Parmi ceux-ci se trouve celui de Jacopo del Sellaio (1441-1493), un Florentin contemporain de Botticelli. Cerruti avait dans sa chambre à coucher son panneau représentant la Vierge, l’Enfant, saint Jean et deux anges. Las! L’œuvre avait été spoliée en 1942. Le Piémontais l’avais acquis de bonne foi. Pour tout dire, au moins deux propriétaires connus le séparent du Viennois Gustav Arens détroussé par les nazis. Celui-ci a encore une petite fille, aujourd’hui âgée de 92 ans. Elle avait perdu tout espoir de retrouver le tableau. Celui-ci est donc revenu à la lumière, comme du reste deux autres œuvres, dont un Tintoret récemment réémergé en France.

Grete Unger Heinz a intenté une action. Mais elle était pour un arrangement financier. La chose a réussi à se faire. La vieille dame recevra une somme, dont le montant reste confidentiel, en trois tranches. Elles lui seront versées par la Fondazione Cerruti, créée en 2015. Pas de procès. Pas de vente. Le tableau, qu’elle dit avoir aimé fillette, restera où il est. «Si j’ai envie de le voir, il me suffira d’aller dans un musée», a précisé Grethe Unger Heinz. Cette dernière a du reste également joué la conciliation avec les deux toiles retrouvées en France. Pourquoi ne pas s’arranger,alors que la partie lésée est morte et que l’acheteur n’y peut vraiment rien?

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