Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Restauré par un amateur d'art contemporain, le Palazzo Butera rouvre à Palerme

La date prévue est le 12 janvier, mais... Les travaux ont pris cinq ans. Il faut dire que l'édifice du XVIIIe siècle se déploie sur 9000 mètres carrés en front de mer.

La façade du palais. Ou du moins une partie de la façade...

Crédits: Fausto Brigantino

Ce sera une grande date, même si elle risque bien de se voir reportée. Le 12 janvier, Massimo Valsecchi et son épouse Francesca ouvriront à Palerme le Palazzo Buteri, entièrement restauré par leurs soins. Un édifice immense érigé en font de mer. Neuf mille mètres carrés. Construit au XVIIIe siècle par les princes Branciforte, des latifundiaires possédant des terres immenses en Sicile, l’édifice se trouvait dans un sale état. Il y avait eu un abandon partiel suivant des travaux malheureux. Un vaste plafond peint a ainsi été découvert sous une couche de plâtre. On devine l’étendue des travaux, qui auront tout de même duré cinq ans.

Mais qui sont les Valsecchi? Je vais essayer de vous répondre en utilisant des articles parus dans différents journaux italiens. Massimo a été galeriste à Milan. Il présentait dans les années 1970 de l’art contemporain. A l’époque, une telle activité ne coûtait presque rien. L’homme estime aujourd’hui que sa grande chance est d’avoir mal vendu, ce qui lui a permis de garder des Gerhard Richter et des Gilbert & George en pagaille. Il a même commandé au premier des variations sur une «Annonciation» du Titien qui lui ont finalement échappé. Elle se trouvent aujourd’hui au Kunstmuseum de Bâle.

Une épouse collectionneuse

Francesca Frua De Angeli, son épouse, a toujours été la vraie collectionneuse du couple. Elle avait de qui tenir. Son grand-père possédait notamment une centaine de Picasso, aujourd’hui dispersés. Au fonds contemporain, elle a commencé par adjoindre de la verrerie Art Nouveau. Puis elle a passé avec son mari à la peinture ancienne, qui connaissait alors un creux financier. D’où de multiples acquisitions se cherchant à la longue un toit. Celui des Valsecchi n’était plus assez vaste. Massimo et Francesca ont donc beaucoup déposé dans les musées, notamment anglais.

L'un des innombrables salons. Photo Sandro Scaglia.

Pourquoi pas avoir le sien, de musée, même si Massimo préfère aujourd’hui déclarer que le Palazzo Butera sera plutôt un «moteur de recherche», un «centre ouvert aux chercheurs», et une «place pour les curieux»? Miné par la spéculation immobilière Milan lui convenait mal. Il ne se voyait installé ni au centre, ni en périphérie comme Miuccia Prada. Palerme offrait d’immenses palais à vendre pour une bouchée de pain… à condition de se montrer prêt à des investissements ultérieurs énormes sans la moindre aide de l’État. A Palerme même, je vous rappelle les hurlements de la princesse Gangi, écrasée par les frais du palais de la famille. Les Valsecchi ont apparemment les reins solides. Ils se sont laissés tenter. Je n’ai nulle part lu dans les articles consultés le mot «mafia».

Une dimension internationale

Il a fallu trouver les entreprises et les ouvriers. Faire s’évanouir la méfiance des Palermitains. S’engager dans la vie intellectuelle de la cité. Les Valsecchi parlent d’un devoir de «restituer à cette ville la dimension internationale qu’elle a perdu depuis longtemps.» Ils ont ainsi participé généreusement en 2018 à l’immense opération européenne d’art contemporain «Manifesta», en ouvrant leur palais encore en chantier. Dans quelques jours si tout va bien (mais tout n’ira pas bien), il y aura donc la grande ouverture. La vraie. Elle se voit déjà saluée par la presse transalpine, plus intéressée par la culture que la nôtre. Un peu de patience. Cette inauguration finira bien par avoir lieu.

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